La Presse Bisontine 78 - Juin 2007

36 LE FEUILLETON TGV

La Presse Bisontine n°78 -Juin 2007

ENQUÊTE

Un problème récurrent

La L.G.V. est du pain bénit pour les voleurs Il arrive que les engins de chantier se fassent siphonner pendant la nuit et que des machines soient vandalisées. Cependant, les acteurs du projet estiment que le vol reste un phénomène marginal.

L e vol est heureusement un épi- phénomène, mais il existe. Les chantiers aussi importants que ceux de la ligne grande vitesse Rhin-Rhône éveillent la convoitise des malfrats. Leur cible : le réservoir des engins de chantier qu’ils siphonnent. “On s’est fait piquer quelques centaines de litres” remarque Hervé Pinchinot, directeur de projet qui tient à relativi- ser la situation. “J’ai peu de remontées du terrain, c’est la preuve qu’il n’y a pas beaucoup de vols. Globalement, je remarque que la région Franche-Com- té est assez calme comparée à d’autres” où, sur certains chantiers, il existe un ratio de vol de carburant dans l’élabo- ration du projet. Les machines isolées en rase campagne, difficiles d’accès, sont les proies favo- rites des délinquants. “Nous essayons tant que possible de regrouper les engins de chantier, au bord des chemins pour qu’ils soient visibles” poursuit Hervé Pinchinot. La gendarmerie d’École- Valentin effectue des rondes. “On patrouille le long de la voie. Nous sur-

veillons les parkings où sont regroupées les machines comme à Geneuille, et les voies d’accès au chantier. Notre objec- tif est d’éviter les vols de carburant et d’accessoires dans les baraques de chan- tier comme les groupes électrogènes.” Mais les forces de l’ordre ne peuvent être partout et ne sont pas équipées pour s’aventurer dans les endroits où

il faut un 4 x 4 pour cir- culer. Il arrive que les voleurs passent entre les mailles du filet. “Ce n’est pas le quotidien” indique la gendarmerie d’École-Valentin. “Nous devons quand même gérer ce paramètre” répond un terrassier de la région de Besançon qui parfois est allé jus- qu’à enlever les bou- chons des réservoirs de ses machines sur les chantiers. “Sur une pel- le, un bouchon coûte 110 euros. Quand vous

“Une machine a pris un coup de fusil dans les fenêtres.”

pas les réservoirs la veille du week-end pour gagner du temps le lundi matin. La gendarmerie n’a jamais interpellé un malfrat sur le chantier en train de siphonner un réservoir. “Nous suppo- sons que ce sont des gens qui revendent le carburant ou l’utilisent dans leur véhi- cule, ou peut-être dans les tracteurs agri- coles.” Au vol de carburant viennent s’ajouter “les dégradations volontaires” poursuit

Hervé Pinchinot. Elles relèvent du van- dalisme stupide et gratuit qui consiste à détériorer les équipements. “Ce sont des vitres cassées par exemple” déplore le directeur de projet. Plus inquiétant, “une machine a pris un coup de fusil dans les fenêtres. Et depuis le début des travaux, on s’est fait voler deux caméras de recul sur les engins.” Les dégrada- tions ont lieu surtout le week-end, quand le chantier est désert. T.C.

arrivez le matin et qu’il a été vandali- sé, vous en êtes de votre poche.” Pour éviter que les engins ne se fas- sent siphonner, “on fait le plein de la machine le matin et on met la quanti- té d’essence juste nécessaire pour tenir la journée. Le réservoir est vide pour la nuit. Alors que normalement nous fai- sons le plein des machines le soir pour éviter la condensation.” Sauf exception, les équipes techniques ne remplissent

CONSOMMATION

1 109 litres Les machines sont des gouffres à carburant

Pendant toute la durée du chantier, ce sont des millions de litres de gazole qui vont être consommés par les engins. Les marchands de carburant se frottent les mains.

L a capacité des réservoirs des engins de chantier donne le vertige. 379 litres pour une niveleuse de 26 tonnes, 990 litres pour une pelleteuse de 75 tonnes, ou encore 1 109 litres pour le bulldozer D 10 de 65 tonnes, l’al- lié des scrapers qui avec son moteur V12 brûle la totalité de sa réserve en 9 heures maximum. Bref, les engins de chantier qui intervien- nent sur la ligne grande vitesse sont gourmands en gazole. Pour l’instant, il y en a 160 qui sont en activité sur le seul lot A4 T.O.A.R.C. (terrassement ouvrage d’art et rétablissement de chaus- sée). Cet été, il y en aura plus de 200 (1/3 D.T.P., 1/3 Bec et 1/3 sont loués pour un total de 500 emplois). Pour estimer la consommation glo- bale sur un projet comme celui-ci, les techniciens expliquent qu’un litre de gazole est nécessaire pour déplacer un mètre cube de matiè- re. Sur le lot A4, le terrassement devrait générer le déplacement de 6 millions de m 3 de matière ce qui correspond à 6 millions de litres de carburant. Sur les 140 km de la ligne, la quantité de déblais est de

30 millions de m 3 et celle de rem- blais est de 22 millions de m 3 . Face à ces données chiffrées, on comprend mieux pourquoi ceux qui ont en charge la gestion du plan- ning essaient tant que possible de rationaliser les déplacements pour faire des économies d’énergie. À l’inverse, les fournisseurs de gazo- le se frottent les mains. Depuis juillet 2006, c’est la filiale bisonti- ne de Bolloré Énergie (numéro 2 de la distribution en France) qui ali- mente toutes les machines du chan- tier sur la Haute-Saône, le Doubs et le Jura. “Chaque jour, 3 camions- citernes de 10 000 litres chacun, de

la société Bec, vien- nent chercher du carburant au dépôt” indique le service communication de Bolloré Énergie. Le chantier de la ligne grande vitesse représente aujour- d’hui un quart de l’activité du dépôt de Besançon. La direction de Bollo- ré Énergie a annon- cé son souhait de rester sous-traitant du chantier L.G.V. jusqu’à la fin des travaux.

“Chaque jour, 3 camions- citernes de 10 000 litres chacun.”

Certaines machines contiennent jusqu’à 1 109 litres.

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