MeeT and TRaVeL MaG n°90 novembre-décembre 2026
L’EXTRêME EUROPE GéORGIE PAR
FRANÇOIS PERRUCHE
Est-elle européenne ? est-elle orientale ? Les Géorgiens eux-mêmes se posent la question, rêvant en majorité toutefois de s’arrimer à l’UE. Ce qui est sûr, c’est que la Géorgie est identitairement caucasienne, et que, Dieu lui-même lui aurait disputé cette heureuse vallée fertile occupant l’isthme entre la Mer Noire et la Caspienne. Une aspiration divine qui inspire aujourd’hui son formidable succès touristique, notamment auprès des groupes Mice.
S elon la mythologie grecque, c’est en Colchide (la partie ouest de l’actuelle Géorgie) que Jason récupère, avec l’aide de Médée, la légendaire Toison d’or afin de retrouver son trône en Thessalie. Bien sûr, il y affronte de multiples dangers en compagnie des Argonautes avant de parvenir à sa quête, mais cela valait le coup, la Toison d’or, pelage d’un divin bélier, étant synonyme de richesse, de gloire et d’immortalité. Au-delà du mythe, les Géorgiens ne sont pas peu fiers de leur pays, de son originalité et de ses 3 000 ans d’histoire. Il est vrai qu’il leur a fallu une indubitable opiniâtreté pour ne pas se faire avaler au cours des siècles par ses puissants voisins. Perses, Turcs de tout poils, Ottomans, ils ont tous fini par s’y casser les dents, et même les Russes qui y exercent une influence prépondérante depuis le règne de la Grande Catherine, y regardent à deux fois avant de s’immiscer dans les affaires de cette turbulente république caucasienne, extrêmement sourcilleuse quant à son identité et à sa spécificité. Elle revendique une langue quasiment unique au monde, ni sémitique, ni indo-européenne, portée par un alphabet également unique, illisible pour le commun des mortels, et proclame sa foi dans une église orthodoxe autocéphale qui ne rend compte ni à Constantinople, ni à Moscou. Tout cela sur un territoire de moins de 70 000 km², avec une vaste plage sur la Mer Noire et coincée entre les imposantes chaînes du Grand et du Petit Caucase, que bordent au nord les petites républiques musulmanes de la Fédération de Russie, au sud, la Turquie et l’Arménie, et à l’est, le très turcophone Azerbaïdjan. Indépendante depuis 1991 en dépit des ingérences réitérées de son voisin du nord, la Géorgie clame haut et fort son tropisme occidental, rêvant de se faire une place dans l’Union Européenne.
On en est encore loin, mai l’effervescence politique de sa jeunesse ces dernières années témoigne s’il le fallait encore de son désir de liberté. Il suffit de se promener dans les rues de Tbilissi, pavoisées d’un street art illustrant cet état d’esprit pour s’en convaincre. En attendant l’issue de ces aspirations libertaires, le pays s’est mis au diapason d’un capitalisme quelque peu débridé qui a vu s’installer la plupart des grandes enseignes du commerce occidental, à commencer par celles d’une hôtellerie de qualité. Dans la foulée et s’appuyant sur un patrimoine architectural pléthorique, de forteresses, de monastères et d’églises iconiques, mais aussi et surtout, sur des traditions originales particulièrement festives, la Géorgie fait aujourd’hui recette auprès des incentives. Elles tiennent une grande place dans les programmes de séjour qui leur sont dédiés, qu’il s’agisse de découvrir Tbilissi ou de parcourir les nombreuses Routes du vin de ce pays de cocagne qui est à l’origine de la culture de la vigne, à commencer par celles qui sillonnent la magnifique Kakhétie. Si les prix de l’hébergement, comme ceux des prestations annexes, y restent encore très abordables, c’est aujourd’hui moins le cas pour ce qui est de l’aérien, victime comme ailleurs en ces temps perturbés, de la sérieuse augmentation du prix du kérosène. On notera à ce sujet qu’Air France a depuis avril dernier supprimer ses liaisons avec Tbilissi, et que seules Georgian Airways et Transavia (uniquement d’avril à octobre) continuent de desservir deux fois par semaine en vols non-stop la capitale géorgienne. Ce qui revient à dire qu’un séjour impose au minimum 4 nuits sur place, soit un temps à peine suffisant pour goûter aux saveurs de ce pays si attachant.
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