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Par quel prodige ces portes et ces fenêtres sont-elles droites ? Comment ce pâté de maisons a-t-il pu traverser les siècles ? Ce déf aux lois de l’équilibre demeure bien mystérieux.

abrita le Parlement de Bretagne jusqu’à la Révolu- tion, et de cette époque de gloire datent ses amé- nagements somptueux. Le saint des saints en est la Grand-Chambre. Que ce soit sur ses murs ou sur ses plafonds à caissons, partout les allégories rivalisent avec les dorures et les sculptures, pour occuper toute la surface disponible.

Une place paisible, puis une autre sillonnée par une foule affairée

Les places du Parlement-de-Bretagne et de la Mairie ont beau se toucher par un de leurs coins, ces deux lieux difèrent complètement, tant par leur décor que par l’ambiance qui y règne. La première est une vaste esplanade encadrée de pelouses et de parterres. Aussi, bien que dominée par le siège d’un tribunal — une cour d’assises qui plus est — elle demeure toute de quiétude et de tranquillité, comme hors du temps. À l’inverse, l’immense place de la Mairie, piétonne, est sillonnée en tous sens et à toute heure du jour par une foule afairée. Cette animation vient réchaufer la froide majesté de ces grands espaces, encadrés par l’hôtel de ville édifé en 1743, et l’opéra construit près d’un siècle plus tard. Et il est un moment de la journée où les Ren- nais apprécient tout particulièrement leur place de la Mairie : à l’heure de l’apéritif du soir, lorsque les rayons d’un soleil bas illuminent les vitres de l’opéra et dorent les crépis jaunes de ses galeries. Dire qu’à quelques minutes à pied de son cœur battant, Rennes connaît le calme d’un parc immense où l’on profte du silence et du champ des oiseaux, comme

rue Leperdit mène au site le plus curieux des vieux quartiers rennais : la place du Champ-Jacquet. On s’émerveille devant ces hautes maisons à pans de bois qui atteignent jusqu’à quatre étages plus des mansardes, mais présentent une charpente résolu- ment de guingois. Par quel prodige ces portes et ces fenêtres sont-elles droites ? Comment ce pâté de maisons a-t-il pu traverser les siècles ? Ce déf aux lois de l’équilibre demeure bien mystérieux. À deux pas (au bout des rues Lafayette et Nationale), comme pour s’inscrire en faux contre pareils délires architecturaux, la place du Parlement-de-Bretagne est encadrée sur trois de ses côtés par des immeubles de style classique à la rectitude impeccable. Rares en France sont les exemples d’une architecture grand siècle aussi bien conservée. Le quatrième côté de la place est occupé par le palais de justice, lui aussi dessiné par Jacques Gabriel et magnifquement res- tauré après l’incendie qui le détruisit en 1994. Il

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