Pétrosphère 2/15

Pétrosphère N o 2 / Juin 2015

Pétrosphère N o 2 / Juin 2015

elle n’aurait pas besoin de projet constitutionnel lui permettant de «prélever une taxe sur les combustibles et les carburants».

95 à 111 dollars le baril, alors que le Brent se négocie aujourd’hui autour de 65 dollars; et les prix du CO 2 devraient bondir de 22 à 96 francs la tonne, alors que les certificats EU-ETS peuvent être obtenus pour 8 francs à peine. Un débat ouvert et honnête doit avoir lieu sur le vrai prix de l’énergie et les conditions cadres dans lesquelles la consomma- tion d’énergie et les émissions (globales) qui en résultent pour- raient être réduites. Il donnerait les nouvelles impulsions dont a urgemment besoin la politique climatique de notre pays, mais aussi celle de l’Europe. Le souverain a compris depuis long- temps qu’une politique durable ne pouvait pas être basée sur de vagues hypothèses et promesses, mais qu’elle devait l’être sur une juste vision des choses et des compromis raisonnables. Il ne va sans doute pas l’oublier non plus dans le cas du SICE. Préavis: colloque sur les biocarburants Mercredi 21 octobre 2015, à Zurich, l’Union Pétrolière organi- sera, en coopération avec Carbura, un colloque d’une journée consacré à l’évolution actuelle dans le domaine des biocar- burants. Pour plus de détails: www.petrole.ch

Troisièmement: Le Conseil fédéral ne se fie pas à ses propres pronostics et mise sur le fait que les émissions baissent même sans son intervention. Compte tenu des écarts de recettes se chiffrant en milliards par rapport au budget, exigeant de la part du Département fédéral des finances des explications urgentes déjà sur ce qui est son cœur de métier, il est permis d’en douter. La manière dont les émissions évoluent aux Etats-Unis et en Allemagne montre également à quel point la réalité est décon- nectée des grands projets. Mais peut-être le Conseil fédéral doute-t-il aussi des extrapolations utilisées pour chiffrer les effets économiques du SICE. Des extrapolations discutables La dernière analyse, publiée en janvier 2015, se base sur les recettes et dépenses de 2008, année pendant laquelle le cours du pétrole oscillait entre 40 et 147 dollars, alors que l’économie mondiale était au bord du gouffre. Les hypothèses de modéli- sation ne sont pas rassurantes non plus: dans tous les cas de figure, la valeur du franc est censée augmenter de 0,63 à 0,72 euro entre 2008 et 2030, alors qu’elle se situe aujourd’hui déjà à 0,97; il est prévu que les prix du pétrole brut augmentent de

Personnel

Les résultats des élections dans de nombreux cantons le confirment: les partis bourgeois traditionnels ont le vent en poupe et les écologistes sont du côté des perdants. L’effet Fukushima a fait long feu. On peut en dire autant de l’échec historique que les vert’libéraux ont connu en mars avec leur initiative intitulée «Remplacer la taxe sur la valeur ajoutée par une taxe sur l’énergie». Les thèmes politiques actuels s’appellent force du franc, croissance économique, sauvegarde du bien-être. Et puis, enfin et toujours: moins d’Etat. Vraisemblablement dans la perspective des élections d’automne, les dirigeants du PDC, du PRD et de l’UDC ont resserré les rangs pour promouvoir l’économie suisse et mettre un frein aux débordements étatiques. On remar- quera que les trois présidents de parti, dans leur catalogue en 13 points, soulignent qu’une votation populaire doit être organisée d’ici fin 2017 au sujet du paquet global de la stratégie énergétique 2050 – une stratégie des interventions de l’Etat, comme on le sait. Le renforcement de la pensée libérale est sans doute bien réel, mais n’exclut pas un manque de volonté de tenir ses promesses en matière de politique énergétique. En effet, il est devenu pratiquement impossible d’assister à une réunion d’information ou à un meeting de branche sans que le mantra de l’incontournable tournant énergétique en cours ne soit débité et que les objectifs de la stratégie énergétique ne soient évoqués. Mais alors sur quoi allons- nous voter? Ces derniers temps, j’ai eu souvent l’impres- sion que les effets massifs de la stratégie énergétique 2050 étaient minimisés. Ce morceau de pipeau émane la plupart du temps des milieux de gauche, mais on l’en- tend aussi parmi les partisans du bloc bourgeois mainte- nant rassemblé. Dans l’intérêt de leur propre crédibilité, ces derniers vont devoir s’efforcer de soumettre une question ouverte lors de la votation: le peuple doit aussi pouvoir dire non à la stratégie énergétique 2050. La politique énergétique fait figure d’épreuve de vérité pour le bloc bourgeois renforcé.

Avec le passage d’un système d’aides à un système d’incitations, Photo: Getty Images les énergies renouvelables ne devraient plus être subventionnées.

système étroites en termes d’efficience et d’émissions abouti- ront à ce que des pompes à chaleur alimentées par des cen- trales à charbon d’Europe orientale soient présentées comme une alternative durable aux chauffages à mazout modernes. On ne sait pas clairement non plus comment la charge fiscale se déplacera entre les ménages et les entreprises, dans quelle mesure les PME gourmandes en énergie et à taux élevés de gaz à effet de serre seront subventionnées et qui financera ces aides, dont certaines devraient se prolonger jusqu’à fin 2045. L’ironie de l’histoire, c’est que beaucoup de choses restent incertaines en dehors de la poursuite des versements de sub- ventions dans le SICE. Le Conseil fédéral souligne par exemple qu’un renchérissement massif des carburants n’obtiendrait pas la majorité. Si les carburants étaient libérés de la taxe sur l’éner- gie d’ici à 2030 comme promis, les objectifs climatiques publiés en mars 2015 seraient d’ores et déjà à jeter au panier. Les der- nières modélisations des effets d’un SICE supposent cependant qu’une réduction des émissions de CO 2 de 30% ne pourrait être obtenue qu’au prix d’une hausse de la taxe sur le CO 2 de 336 francs pour les combustibles et de 112 francs pour les carburants. Premièrement: Les objectifs climatiques de la Confédération ne sont que de belles paroles. Si tel n’était pas le cas, nous pour- rions nous épargner les débats sur la stratégie énergétique et consacrer notre énergie à une politique climatique efficace. Si la Suisse remplaçait trois ou quatre petites centrales ther- miques vieillissantes en Chine par une centrale à charbon «ultra- supercritique» de 1 GWe, elle pourrait éviter d’un seul coup près d’un tiers des émissions (non ETS) que le Conseil fédéral souhaite économiser en 2030. Pas assez conventionnel? C’est bien possible. Comme le tournant climatique est généré par des émissions cumulatives, un simple investissement du monde – et de notre troisième partenaire commercial – générerait plus d’air qu’un Swiss Finish tardif. Deuxièmement: La crainte d’une hausse massive du prix de l’essence est fondée, et le Conseil fédéral spécule sur le fait qu’il peut aussi exploiter la marge disproportionnée que le projet de révision constitutionnelle donne au législateur dans l’aménagement de la taxe climatique et de la taxe sur l’électricité. Ce serait moche, mais si la Confédération était vraiment prête à exempter les carburants de la taxe sur l’énergie jusqu’en 2030, Cette inconséquence ne peut s’expliquer qu’en trois actes.

89%

L es prévisions concernant les ten- dances énergétiques sur le long terme se fondent sur une consta- tation simple: l’être humain ne saurait vivre sans énergie. D’ici 2040, la popu- lation mondiale devrait franchir le cap des 9milliards d’individus, soit une aug- mentation de 30% par rapport à 2010. On estime qu’en 2030, l’Inde comptera 1,6 milliard d’habitants, supplantant ainsi la Chine comme pays le plus peu- plé. La croissance démographique res- tant limitée dans les pays de l’OCDE, ce sont les dix «key growth countries» 1 qui, aux côtés de l’Inde, sont lesmoteurs de cette augmentation. Sur la même période, on s’attend à ce que le produit intérieur brut (PIB) mondial progresse de 140%. En 2040, le PIB de l’Inde devrait être trois fois supérieur à son niveau actuel et celui de la Chine, quatre fois supérieur. Or, la

privés qui devrait provoquer l’accrois- sement mondial des besoins en carbu- rant. L’augmentation de la prospérité et des activités économiques qui l’accom- pagne entraîneront également le déve- loppement des transports publics et des transports de marchandises. Les besoins en carburant reculent certes dans les pays de l’OCDE, mais il devrait doubler dans le reste du monde. D’ici 2035, le nombre global de vé- hicules devrait doubler également, tan- dis que la consommation de carburant ne progressera que de 30% en raison de l’amélioration permanente de l’effi- cacité énergétique des nouveaux mo- teurs. Dans les 20 prochaines années, le pétrole restera l’agent énergétique prédominant dans le secteur des trans- ports (89%). La proportion de carburant alternatif passera de 5% à 11%. 3

demande d’énergie est principalement déterminée par le PIB par habitant. Se- lon la cellule de réflexion américaine «Brookings Institution», près de 2,8 milliards de personnes rejoindront la classe moyenne d’ici 2030. La qualité de vie et, partant, les besoins de milliards de personnes vont donc augmenter. Cette évolution de la classe moyenne mondiale a la dimension d’un glisse- ment tectonique: pour la première fois, une majorité de la population mondiale ne sera plus menacée d’appauvrisse- ment et la classe moyenne sera domi- nante dans la plupart des pays. 2 Pour la première fois de leur vie, des millions de personnes vont pouvoir acheter une voiture. En Chine, cet achat sera une première pour presque la moi- tié des nouveaux propriétaires de véhi- cules. Pour autant, ce n’est pas cette expansion de la flotte des véhicules

Roland Bilang, directeur de l’Union Pétrolière

1 Egypte, Brésil, Indonésie, Iran, Mexique, Nigéria, Arabie saoudite, Afrique du Sud, Thaïlande et Turquie 2 ExxonMobil (2014): The Outlook for Energy: A View to 2040. http://corporate.exxonmobil.com/en/energy/energy-outlook 3 BP (2015): Energy Outlook 2035: http://www.bp.com/content/dam/bp/pdf/Energy-economics/energy-outlook-2015/Energy_Outlook_2035_booklet.pdf

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