Propriétaire Magazine 08 - Hiver 2019 - Vaud

- Et cette ancienne maison?... - ...Deux dames l’avaient héritée. J’ai ha- bité cette maison, Ces deux dames étaient mes grand-tantes. C’est elles qui m’ont adoptée. J’ai été très attachée à ce lieu. Cette maison c’était une personne, un poumon, des respirations. Je sens encore les odeurs de la cave, j’entends toujours les craquements du sol. Ça m’a donné l’amour des belles choses. J’y ai récu- péré des morceaux. Après ça, j’ai appris le détachement des objets mais dans la mémoire, on peut garder et transformer. J’ai eu une histoire d’amour et j’ai quitté Genève, cette si merveilleuse maison qui a été vendue, pour aller à Lausanne. - Vous avez un jardin. Le considérez-vous comme la porte d’entrée de votre maison? - Non, mais j’aime y travailler. Il est juste à ma grandeur pour qu’une femme de mon âge s’en occupe. Quand je suis arri- vée, il était déjà comme ça. Il est difficile de faire un nouveau jardin dans un jardin existant. Il y a des jardins qui n’aiment pas les roses, les dahlias, par exemple. Tout ne pousse pas n’importe où. Question d’ensoleillement, de terre, d’entourage. Et puis des plantes craignent les limaces, les araignées rouges pour ne parler que d’elles. Il faut réfléchir à ces choses-là. Il faut 10 ans pour avoir un beau jardin. Le mien fait 25m2. Auparavant, j’en avais un de 4 hectares. - Oui. J’ai voulu que cette maison ait la même âme que la première, dans une autre dimension que la plus grande que j’ai tellement aimée. Quand il y a un pro- blème, je veux qu’il soit résolu rapide- ment. Je mets tous mes sous pour cette maison. C’est un lien pour plus tard, pour mes 4 enfants, avec une plus-value s’ils la vendent. - Qui s’occupe de la déco? - C’est moi! Je suis seule. Seul Marcel, mon fils qui a 16 ans, vit avec moi. Marcel, la déco, cela ne le branche pas. - Quelle pièce vous ressemble le plus? - Mon bureau. C’est là que j’écris, que je travaille mes textes pour des spectacles, pour la TV, pour la radio. - Achetez-vous régulièrement de quoi meubler votre intérieur, l’embellir? - Je privilégie tout ce qui est utile. Ces améliorations sont très douces. Elles se font surtout en fonction de mon - Avez-vous choisi le décor dans lequel vous vivez?

porte-monnaie, Oui, ces retouches ont la couleur et les aspects de mes états d’âme du moment. En clair, de comment je suis dans ma tête. Vous savez, je suis quelqu’un de très maniaque. Je fais une heure de ménage tous les jours. Il y a Marcel, qui est un ado assez «chenit.» J’ai un chien et un chat. C’est tellement bor- délique aussi dans ma tête qu’il faut de l’ordre ailleurs. - Quel tableau aimeriez-vous accrocher et contempler chez vous? - Si j’étais très très riche, un Félix Vallot- ton. Une peinture, pas une gravure. - À vos yeux, quelle durée de vie doit avoir un appartement, une maison? - Il ne s’agit pas d’une durée mais d’un rêve. Celui de voir ma fille aînée et son mari, qui est peintre, s’établir ici. Bien- tôt, ils vont être parents pour la deuxième fois. Pour l’instant, je ne peux pas m’en aller. Si Marcel part à l’UNI de Lausanne, je m’en irai, je chercherai un petit 3 pièces quelque part. Pour répondre à votre ques- tion, c’est un passage. Comme tout peut s’écrouler en une minute, à quoi ça sert l’attachement. - Les murs sont majoritairement blancs. Le blanc a-t-il une valeur de neutralité? - Oui, on peut y mettre plus de tableaux, plus de choses. Le blanc vieillit mieux que la couleur. - Êtes-vous une femme d’intérieur? - Oui, on va dire ça. Chez moi, c’est là où je me sens le mieux. C’est mon univers. Je sors peu. - Avez-vous le wifi? - Je l’ai, sinon Marcel m’aurait « tuée ». Il m’a même « menacée », il m’a dit qu’il partirait rapidement à Lausanne s’il n’y a pas la fibre optique. - D’ici, on n’a pas de vue sur le lac. Cela vous manque-t-il? - Les panoramas, ça m’emm...En voir un depuis la fenêtre, je m’en fous. Faut y être, en faire partie, en être un acteur pour que ça me plaise. - En vieillissant, je rêve de ne plus être propriétaire de rien du tout. Je voudrais ne plus avoir ce genre de responsabilité. J’en ai trop eues. Sauf s’il s’agissait d’une cabane de bois au bord de l’Atlantique, en Ecosse ou en Irlande, naturellement. Là, je pense que je ferai une exception. - Rêvez-vous d’un lieu de vie, d’une autre respiration?

Humoriste, comédienne et écrivaine, la Genevoise a un talent fou. Sur scène, dans tout ce qu’elle entre- prend. Au théâtre, elle offre du bon- heur aux spectateurs, qui quittent l’endroit moins malheureux qu’à leur arrivée. Elle a participé (notamment) aux Dicodeurs, au Fond de la Cor- beille. En 1996, elle crée avec Patrick Lapp le couple Monique et Roger, hé- ros de «Bergamote», théâtre du quo- tidien, valse des solitudes, incarné d’abord à la radio puis sur scène. Claude-Inga Barbey a fait 1000 et une choses. Son actualité? C’est «Olé», nouvelle série vidéo où elle chiffonne l’actualité dans la peau d’une femme de ménage, Manuela, qui raconte l’in- timité des personnalités chez qui elle travaille. A déguster le dimanche ma- tin sur le web: ole.24heures.ch et/ou ole.tdg.ch « Et sur les réseaux sociaux toute la première semaine qui suit », précise-t-elle. Il y a aussi « Solange & Clarence » qu’elle a interprété avec Patrick Lapp sur RTS la Première. Pour moi, dit-elle, il s’agissait d’un retour de la fiction à la radio, policière en l’occurrence, comme à l’époque avec les détectives Picoche et Duretal et du commissaire Gallois. Ça s’appe- lait « Énigmes et aventures». Avant de se quitter, elle avoue avoir un rêve, un autre. Un beau. « Je rêve d’écrire un polar, mais je n’ai pas le temps. J’ai besoin d’argent, de tra- vailler. » L’argent, toujours lui, omni- présent. Souvent, un rêve coûte cher.

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