MeeT and TRaVeL MaG n°86 janvier-février 2026

R ares sont les pays où le sentiment d’une harmonie entre la nature et l’homme s’impose si fort au visiteur. Ce n’est pas pour rien qu’on y a parfois logé le paradis, ce que revendique d’ailleurs le pic d’Adam, nom d’un des plus hauts sommets du Sri Lanka. Cela tient assurément au bouddhisme Theravada, dit du Petit Véhicule, la religion majoritaire qui imprègne le code de conduite des Srilankais, paisibles et respectueux de la vie quelle qu’elle soit. Qu’on ne s’étonne donc pas du nombre invraisemblable de chiens qui errent tranquillement sur les routes, sans être autrement inquiétés par un trafic pourtant incessant ; ils n’appartiennent à personne et sont collectivement nourris par les habitants des restes de leurs repas, vaquant à leurs occupations dans la plus totale liberté. Respect qui s’étend à toute vie animale, vaches, buffles, chèvres, mangoustes, singes, poules, paons majestueux, serpents aussi parfois, traversant les routes, même en plein village. Une sérénité qui imprègne la merveilleuse campagne de l’île, sculptée de rizières en terrasses ou noyée sous une jungle touffue, refuge de plus de 6 000 éléphants sauvages. Certes, ce paradis a été troublé par le long conflit qui a opposé dans l’Histoire Cinghalais et Tamouls, ce jusqu’en 2009, et plus récemment encore

par les dramatiques inondations qui ont fait plus de 800 morts en décembre dernier. Parfumé d’épices et de fragrances de thés, vibrant d’une religiosité qui s’épanouit en vapeurs d’encens, héritier d’un passé fastueux de princesses et de rois drapés de soieries colorées chevauchant des éléphants caparaçonnés d’or, le Ceylan de notre imaginaire évoque toujours cet éden chatoyant qui fit l’émerveillement de la colonisation britannique dès le début du xix e siècle. Image idyllique qui n’empêche pas le Sri Lanka d’être entré de plain pied dans notre époque, comme en témoigne le nouveau quartier de gratte-ciel étincelants qui fait face à l’océan dans sa bourdonnante capitale, Colombo. Les Chinois y sont à la manœuvre projetant, escale sur les nouvelles routes de la soie, de grands travaux sur le polder qu’ils ont érigé près du port, pour l’heure néanmoins en suspens. Les Indiens également, tout comme les dynasties du Golfe qui ont bien compris l’intérêt que constituait cette réserve de main d’œuvre peu chère, et accessoirement de pierres précieuses, à trois heures de vol de chez eux. Perle suspendue au cou de l’Inde,“l’île resplendissante” (c’est son nom en cingalais), ceinte de ses plages de rêve, inspire encore et toujours le plus onirique des voyages. Sa découverte est une récompense en soi.

NUMÉRO 86 | JANVIER - FÉVRIER 2026 | 41

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