journal d'une transition

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FJ – En somme tu veux dire que les difficultés des situations, qu’on pourrait appeler extérieures, se modifient selon l’attitude que l’on adopte à leur égard, selon le regard que l’on porte sur elles ? D – Sûrement, oui… Je ne sais pas si elles se modifient dans les faits, mais dans les effets psychologiques, sûrement. FJ – Est-ce que l’on pourrait dire qu’il y a des difficultés qui viennent purement de vos propres résistances, au niveau de ce regard qu’il vous faudrait porter… ? D – Mais même là, même si tu dis « c’est moi qui résiste », tu peux sentir un peu d’où ça vient, et savoir que ça ne t’est pas particulier, c’est quelque chose qui est dans la substance – là non plus ce n’est pas séparé… FJ – Est-ce que tu veux dire aussi que ce n’est pas considéré par vous comme une « faute » ? D – On essaie de se libérer de ça, oui. Ce n’est pas facile. Mais on sait que c’est un piège. FJ – Le jugement moral ? D – Oui. FJ – Il ré intervient ? D – Tu sais… on en est pétri ! La culpabilité est déterminante dans le comportement ! Mais on est convaincus que c’est un piège, que c’est vraiment une fausse perception, une perception ajoutée… Mais il ne faut justement pas interpréter ce que je dis là au sens moral (« il dit ça, donc ça leur donne une licence ! … ils ont rejeté la morale, alors ils peuvent faire n’importe quoi ! »)… Il y a cet aphorisme de Sri Aurobindo, je ne me souviens plus exactement, où il montre que ce qui était une aide, à un moment donné, devient une entrave, par la suite… Le jugement moral, la conscience morale, peut être une aide, mais éventuellement ça devient une entrave. Mais il ne faut pas jouer avec ça. Il faut vraiment que cela corresponde à un besoin ; c’est comme un couvercle, si tu veux, qui tient quand même un certain nombre de choses relativement tranquilles… Il faut quand même être devenu capable de se référer à quelque chose de plus fort, de plus conscient, avant d’enlever le couvercle… Mais on s’aperçoit alors que ce n’est pas facile de l’ôter, ce n’est pas seulement un couvercle posé, c’est une sorte d’étreinte dans toutes les perceptions, quelque chose qui atteint très profond et très loin dans le passé et le vécu… FJ - … Mais alors qu’est-ce que vous faîtes par ailleurs de ce que nous appelons la responsabilité… D – Il faut apprendre le vrai sens de… Pour un occidental, responsabilité et culpabilité sont deux choses très liées, très mêlées… Il faut apprendre à être responsable sans se mettre à la place de Ce qui fait vraiment… FJ – Mais, pour moi, j’irais jusqu’à dire qu’il ne peut y avoir de responsabilité quand il y a culpabilité… ! D – Il y a un pas qui est facilité dans le Yoga pour apprendre ça : c’est l’expérience de ce qu’est le Service, de travailler, d’agir, dans un esprit de service ; tu offres tes énergies, tes capacités qui sont appelées à progresser, tu offres tout ça dans un mouvement de service ; et ça t’oblige aussi à développer certaines qualités de persévérance, de courage, d’égalité… FJ - … Il y a peut-être alors deux aspects : la responsabilité vis-à-vis du Service dont tu parles, et la responsabilité vis-à-vis de ceux qui sont engagés avec toi dans le même Service ? D – Là non plus, il n’y a pas de séparation… Tu apprends à le faire avec respect, et en te libérant de l’ego… FJ - … Mais est-ce que l’un des dangers n’est pas qu’une espèce de dichotomie s’opère… ?

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