journal d'une transition
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*Texte d’une lettre ouverte adressée à Jean Daniel, au “Nouvel Observateur”.
« Monsieur, Je me permets de m’adresser à vous, et à la tenue et à l’intégrité dont vous faîtes preuve, avec l’espoir que vous voudrez bien considérer cette contribution, sous une formulation qui pourra paraître simpliste à certains, d’un « appel à l’Ouest », rédigé avec les moyens du bord. Vous serez peut-être sensible au fait que, étant dans la position de quelqu’un qui d’une part est géographiquement éloigné et d’autre part ne dispose d’aucune lettre de crédit, d’influence, n’a rien accompli de notoire et ne possède aucune qualification particulière, mais a quelque chose à communiquer à la lumière des évènements qui agitent le monde à présent, je n’ai pu songer qu’à vous comme le forum possible pour partager une compréhension qui me semble aussi urgente qu’essentielle. Etant abonné de votre journal depuis de nombreuses années, et bien que je déplore intensément une certaine vulgarité de ton qui nuit beaucoup à la clarté et à la précision de l’information et à la possibilité de progrès collectif que représente cet hebdomadaire, et que je puisse me demander parfois par quelle gymnastique vous- même parvenez à justifier votre caution à cet état d’esprit très falsifiant, j’ai pu constater toutefois, avec estime, que dans vos éditoriaux vous tendez constamment à vous exprimer du plus haut de votre conscience. Alors, comme beaucoup d’autres je le crois, j’aimerais tant que cet instrument dont vous avez la maîtrise puisse servir à dire un peu plus et un peu plus fort certaines vérités nécessaires, à s’engager un peu plus avant dans la prise de conscience – inévitable, mais évidemment moins brutale si un peu partout l’on apprend à collaborer, à ne pas y faire obstacle – du sens de notre temps présent, sur la terre. Alors que je vous écris, dans toutes les agglomérations humaines il est probablement question de l’action menée par l’Administration des Etats-Unis contre la Libye du Colonel Khedafi. Les sympathies divergent, les mouvements viscéraux se heurtent à des perceptions plus globales ; la conscience de la quasi-impossibilité de nos jours et dans les termes ordinaires à être politiquement honnête, est en conflit moral avec l’apparente nécessité d’agir… Et ainsi de suite. Mais ces évènements ont ceci de remarquable qu’ils symbolisent et expriment très ouvertement le problème majeur auquel les pays de l’Ouest doivent maintenant faire face, et auquel ils doivent apporter la vraie réponse, celle qui dégagera le chemin d’une évolution terrestre coopérative.
Car il y a une autre voie que celle qui consiste à opposer sans répit les morales et les cultures sur un champ de bataille planétaire.
Il est une leçon radicale que l’Ouest doit apprendre vite : c’est que le temps est passé des ingérences, des interférences et de l’expansion d’une nation quelle qu’elle soit aux dépens des autres.
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