journal d'une transition
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si tu veux, il me semble que… on doit en effet clamer, que c’est dans le sens qu’il indique d’un bout à l’autre de la lettre qu’il faut aller, même si c’est impossible actuellement : il faut en parler, il faut le dire et le redire. Je ne pense pas que ce soit praticable aujourd’hui, justement si on le situe à l’échelle de la planète, parce qu’il y a beaucoup trop de contradictions, beaucoup trop de puissances en jeu, beaucoup trop de forces diverses, et que nous ne sommes vraiment pas en mesure d’agir sur ces forces, d’agir de façon concrète sur des forces qui sont, en elles- mêmes, assez incohérentes ; mais en revanche je pense que c’est en effet toute une attitude qu’il s’agit de propager peu à peu, cela étant, sur un autre plan, celui qui est signalé vers la fin de la lettre ; je pense que nous pouvons tous quelque chose dans l’immédiat, dés maintenant, là où nous sommes. FJ – C’est ça, voilà ; je ne sais plus très bien où sont ces lignes, mais… ah ! oui : ‘Cette réalisation fait pression sur nous tous, où que nous soyons… nous pouvons aider à son incarnation…’ Où que nous soyons : et ça c’est sûr, nous pouvons aider à son incarnation – on ne peut pas l’incarner à l’échelle de la planète, actuellement c’est tout à fait impensable ; je dirais, par contre : c’est un peu, si tu veux, la différence que je fais quand je parle de l’esprit d’équipe ; un service entier, une centaine de personnes ne font pas équipe, ne peuvent pas faire équipe, mais peu à peu on peut propager l’esprit d’équipe au sein de ces 100 personnes, tu vois… Eh bien, peu à peu on peut propager à l’échelle de la planète à force de le dire et de le redire ; c’est pour ça qu’il a raison de s’adresser à un hebdomadaire d’idées comme ça, on peut propager une certaine revendication, une revendication d’ordre moral, et ça ne peut pas s’exprimer encore en termes de revendication pratique, parce que c’est impensable… ChJ – C’est ce qu’il dit d’ailleurs dans un moment de sa lettre – ‘ce que je vous dis va vous paraître idéaliste ou utopique’… je ne sais pas ce qu’il emploie comme terme ; c’est vrai au niveau, donc, de la planète, et comme tu dis il faut être en avance pour propager ça, il faut être idéaliste et utopique ; et, au niveau de l’incarnation, être relatif et quotidien… FJ – Voilà ; et local, tout à fait ; mais je crois qu’il y a deux manières de se faire reprocher d’être utopique – de toutes manières dés que l’on dit des choses comme ça, on se le fait reprocher ; même je dirais, quand on parle par exemple d’agir là où on est, eh bien, les gens vous disent ‘à quoi ça rime !?’, puisque tout le reste continue de faire pression sur nous, même ça, tu comprends ; mais enfin, je dis qu’il faut quand même bien arriver, pour soi-même, à situer les deux plans et se dire que… même le mot ‘utopie’ n’est pas si vilain, d’ailleurs ! Moi, je suis près à l’accepter… Mais se dire qu’il y a deux utopies, si tu veux, superposées : il y en a une qui concerne l’ensemble de la planète, bon, et il faut aller dans ce sens, mais on ne peut y aller qu’en modifiant les attitudes, et ça, les médias peuvent y aider, s’ils le veulent bien, si certains des hommes qui y travaillent font propager ça, là où ils sont ; c’est toujours la même histoire, même pour ça, il faut agir là où on est, avec les armes que l’on a, avec les moyens que l’on a. La deuxième utopie, c’est quand on se met au travail là où on est, pour faire bouger les choses ; et même dans la pratique alors, eh bien, ça doit finalement aller vers une transformation de l’ensemble ; c’est une utopie aussi, enfin je veux dire que rien ne prouve, rien ne prouve que ce soit possible, mais en même temps c’est la seule chose qui soit à ChJ – Lui à Auroville, et toi dans ton travail, chacun là où l’on est, et dans ce que l’on fait…
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