journal d'une transition

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*21-5-1992, Auroville : Il y a toutes sortes d’instants qui viennent montrer à quel point on est vulnérable : de notre point de vue, l’extrême fragilité ou précarité de l’équilibre ; c’est-à-dire que ça ne tient que par la Grâce et, pour nous, dans notre condition, c’est encore synonyme de précarité, parce que nous ne sommes pas encore unis, nous ne savons pas encore, avec nos corps, que c’est là même, dans la Grâce, que se trouve la seule Réalité solide… *22-5-1992, Auroville : La violence de Narayana encore, une explosion de plus, aux portes de Ta Chambre : cette haine hurlée, cette lumière jaune sale qui attaque, venimeuse, toute la structure résonant de ses cris pendant une heure, ce torrent d’insultes et de laideur… Et cela m’a affecté beaucoup plus que je l’ai cru sur le moment, et s’est ajouté à une difficulté que j’éprouve de plus en plus avec le temps ; je ne sais pas exactement de quoi il s’agit : je crois que c’est la présence du mental qui me devient pénible, presque physiquement pénible… C’est peut-être aussi pourquoi je tend de plus en plus à ne m’ouvrir et à partager qu’avec ces êtres qui travaillent avec moi, qui sont dénués de toute formation mentale autre que la formation collective dans laquelle ils sont nés…

*23-5-1992, Auroville : La chaleur est suffocante – on ne fonctionne que par la volonté… et la magie de l’eau… !

*25-5-1992, Auroville : Selvam est de retour, après une semaine qui l’a bien éprouvé… … Anand et Rajaram viennent cueillir deux grandes panières de mangues après le travail…

*28-5-1992, Auroville : L’orage éclate entre Toine, Pierre E et moi, ce matin… Et je passe les heures suivantes dans une sorte d’état second ; puis Arjun vient me trouver – pour s’excuser de m’avoir mis dans une situation difficile et me communiquer son accord profond ; puis Toine vient aussi me trouver, avec sa tendresse et son regret, pour résoudre ce passage… Ce sont des moments surprenants… … Et ce soir L est venu me rejoindre ici, après son tour de garde, avec son adorable et libre douceur… *29-5-1992, Auroville : Un incident dangereux, apaisé de justesse, entre des ouvriers ; il faut alors s’adresser à eux patiemment, clairement et fermement, et trouver avec eux le sens de l’harmonie… … En fin de journée L, qui est enrhumé depuis des semaines maintenant (c’est un virus qui se promène entre nous tous), devient très fiévreux et agité, et je pars avec lui à la recherche d’un docteur ; cela nous conduit à Pondy ; il est comme un gosse s’accrochant à moi sur la moto… On lui fait deux injections qui le calment et

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