journal d'une transition

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*4-9-1992, Auroville : Je vais de ci, de là comme une toupie : un manque d’attention sur un point, et c’est tout qui se déséquilibre… La fièvre, que j’avais tenue pendant le séjour de JYL et les siens en prenant de l’aspirine a maintenant la main haute, et s’est compliquée d’une toux qui n’en finit pas et d’un nouvel accès d’hémorroïdes ; alors il y a cette tentation idiote de « prendre du repos » : idiote, parce que je sens très bien que la seule chose nécessaire est une qualité de concentration tout à fait abordable… !

*5-9-1992, Auroville : L’énergie passe mieux.

Mais dans l’ensemble, la tendance inscrite dans les choses, dans les mouvements et les circonstances, est de se tordre, de résister et d’aller de travers… ! Dans ce microcosme qui s’est aggloméré autour de Matrimandir, il y a trop de points faibles ouverts au désordre et à la déformation… Il faut bien constater que, dans cet extraordinaire luxe de liberté qui nous est donné ici, l’on doit développer une forme de fidélité constante et active qui semble demander beaucoup plus que ce que la plupart sont prêts à donner… ! *7-9-1992, Auroville : Ce sont des jours ingrats : tout l’effort semble être absorbé par la nécessité d’écarter la confusion ; c’est comme un marécage sans fin… … La femme de l’un de nos gardiens s’est pendue, la nuit dernière ; tous nos gars ont quitté le travail plus tôt… *8-9-1992, Auroville : Asha est « en crise » et se déclare incapable d’assumer aucune tâche et aucune responsabilité… La démission de l’un ou l’autre d’entre nous peut multiplier la confusion, au point où l’on déplore presque la notion de « libre choix » : dans le physique, dans la matière, il semble impossible d’accomplir, ou de laisser s’accomplir quoi que ce soit sans un minimum de discipline, de constance et de fidélité… *10-9-1992, Auroville : Toine, Walter et moi avons passé plusieurs heures dans les Jardins à marquer l’emplacement d’un nouveau bâtiment, qui sera intégré dans le flanc d’une colline, pour abriter les nouveaux générateurs et relais électriques pour toute l’aire de Matrimandir… … Une bien douce visite : à ma suggestion, Madanlal a finalement conduit Millie et Minnie, ces deux merveilleuses, adorables enfants et compagnes de Toi : l’une est presque aveugle et l’autre marche à peine, mais… quelle profonde, quelle évidente reconnaissance ! C’est le confort des âmes vivantes ! … Nous travaillons tous jusque tard, ces jours-ci : il faut se hâter un peu avant la mousson !

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