La Presse Bisontine 149 - Décembre 2013

La Presse Bisontine n° 149 - Décembre 2013 L’ÉVÉNEMENT SANTÉ PUBLIQUE LA GUERRE DES HÉLICOS AURA-T-ELLE LIEU ?

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se base également sur une analyse de l’associa- tion française des utilisateurs d’hélicoptères sani- taires hospitaliers (A.F.H.S.H.), celle-là même qui loue les hélicoptères sanitaires en France au tarif de 2 millions d’euros par appareil et par an. Certains dénoncent un lobbying des opérateurs privés d’hélicoptères sanitaires. L’argument avancé également par les autorités sanitaires qui affirment qu’un hélicoptère sani- taire “tout temps” est nécessaire serait égale- ment erroné. “Nulle part au monde il n’existe d’hélicoptère de ce type tout temps. Un hélicoptè- re ne pourra jamais voler en cas de brouillard ou de givre” affirme un spécialiste de la question. Reste enfin une question logistique en suspens actuellement : à quel endroit pourront être construits le hangar et la base d’un nouvel héli- coptère sanitaire aux abords de l’hôpital Min- joz ? À cette question, personne n’a encore de réponse. J.-F.H. Dans le scénario idéal, l’arrivée d’un hélicoptère sanitaire blanc ne devrait pas remettre en cause l’hélico de la sécurité civile (photo A.R.S.). de l’argent public L ʼaccident se déroule lʼété dernier dans une commune du Jura. Une des victimes dans un état grave doit être héliportée vers le C.H.U. de Besançon. Le Dragon 25, disponible ce jour-là, reste dans son hangar de La Vèze pour la simple raison quʼaucune équipe S.M.U.R. nʼest dispo- nible à ce moment-là. Les pompiers proposent la participation dʼun médecin-pompier qui est alors sur les lieux de lʼaccident. Refus des autorités sanitaires. On fait alors appel à une équipe suis- se et à lʼhélicoptère de la R.E.G.A. (Garde aérien- ne suisse de sauvetage). La facture sera salée : 5 000 euros lʼheure de vol. Alors que dʼautres solutions moins coûteuses auraient pu être envi- sagées comme faire appel au S.A.M.U. de la Côte- dʼOr par exemple, ou mieux encore, au Dragon 25 resté à La Vèze, une solution qui nʼaurait rien coûté à la Sécu. L’Agence Régionale de Santé monte actuellement un projet pour que la Franche-Comté soit dotée d’un nouvel hélicoptère sanitaire destiné à améliorer la prise en charge des urgences. Depuis dix ans, notre région dispose d’un hélicoptère rouge et jaune de la sécurité civile dont la base est située à La Vèze. L’arrivée de l’hélico blanc peut-elle menacer l’existence de l’autre hélicoptère alors que la promesse d’installer une équipe sanitaire en permanence à La Vèze n’a jamais été tenueeu ? À l’heure où les contraintes budgétaires sont de plus en plus fortes, les craintes se font jour. L’Agence Régionale de Santé se veut rassurante. Le petit monde des secours et des urgences est en ébullition. Une utilisation “étonnante”

DÉBAT

Deux hélicoptères peuvent-ils cohabiter ?

Blanc sur rouge et rien ne bouge ? Si la Franche-Comté obtient le financement d’un hélicoptère sanitaire au C.H.U. de Besan- çon, celui de la sécurité civile sera-t-il maintenu alors qu’une mission de l’inspection généra- le des finances traque actuelle- ment les économies à réaliser dans les équipements ?

L’ hélicoptère blanc peut-il condamner l’hélicoptère rouge ? Notre région a- t-elle besoin de deux hélicoptères pour assurer les secours d’urgence ? Un hélicoptère blanc dont le coût dépas- se les 3 millions d’euros par an est-il indispen- sable ? Toutes ces questions agitent en ce moment le petit monde médical et des secours alors que l’Agence régionale de santé (A.R.S.) a déposé officiellement un dossier pour obtenir du minis- tère de la Santé qu’il finance une partie de ce futur hélicoptère blanc qui intégrerait les moyens logistiques du S.M.U.R. (service mobile d’urgence et de réanimation). Cet hélico sanitaire est un des cinq points du grand schéma régional des urgences que l’Agence a présenté officiellement fin octobre. Parmi les orientations régionales, on retrouve donc les points suivants : “Doter la région d’un hélicoptère sanitaire en complément de l’hélicoptère de la sécurité civile” mais aussi celui-ci : “Revoir les financements des lignes de S.M.U.R. pour dégager tout ou partie les crédits nécessaires à l’HélisS.M.U.R. dans une logique d’équité régionale.” L’hélicoptère rouge et jaune de la sécurité civi- le baptisé “Dragon 25” est opérationnel quant à lui en Franche-Comté depuis septembre 2003. En dix ans, il a permis de secourir près de 4 000 Francs-Comtois, essentiellement dans le cadre demissions de secoursmédicalisées par le S.A.M.U. 25. Pour justifier la venue d’un nouvel hélico blanc en plus du Dragon 25, l’Agence régionale de santé argue du fait que tous les ans, il y a plus de 1 300 carences d’équipes S.M.U.R., c’est- à-dire qu’elles ne peuvent répondre aux demandes

de la création de la base sécurité civile en 2003. En mars 2001, quand le préfet de l’époque avait donné son feu vert à la création de la base, ce feu vert était assorti de la condition d’y créer une équipe de secours permanente. Dix ans plus tard, toujours rien. “Ce n’est pas envisageable de stationner une équipe S.M.U.R. à La Vèze car quand les urgentistes ne partent pas en mission, ils travaillent dans les services à l’hôpital” répond de son côté l’A.R.S. En début d’année, leministre de l’IntérieurManuel Valls a demandé une mission conjointe de l’Ins- pection générale de l’administration et de l’Ins- pection générale des finances pour analyser le positionnement des moyens du ministère de l’In- térieur. Les conclusions devaient être connues au cours en avril dernier, elles ne sont toujours pas rendues. D’où l’incertitude qui règne actuel- lement autour de l’avenir de l’hélico rouge et blanc. L’étude préparée par l’Agence régionale de santé plaidant en faveur de l’hélicoptère blanc

d’urgences puisqu’elles sont déjà occupées ailleurs. Or en cas de carences d’équipes S.M.U.R., de tou- te façon l’hélico rouge et jaune ne peut pas inter- venir non plus car les médecins urgentistes de l’hôpital ont le monopole de l’utilisation médi-

calisée du Dragon 25. Selon une source concernée par ces questions, “un deuxième hélicoptère ne servi- rait à rien, c’est surtout d’équipes S.M.U.R. dont la région a besoin et une bonne partie des carences seraient résolues si les médecins- pompiers étaient autorisés à mon- ter dans le Dragon 25 pour les uti- lisations médicalisées.” Une partie de la solution aurait été de médicaliser le Dragon 25 sur sa base de La Vèze en y ins- tallant une équipe de secours per- manente. Cet élément était d’ailleurs la condition de départ

2 millions d’euros par appareil et par an.

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