COMMUNE SUISSE 1 l 2018
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ENCOURAGEMENT PRÉCOCE EN SUISSE ROMANDE
à chaque enfant. Sinon, dans un groupe
ce sont toujours les mêmes qui ré-
pondent. Parler aux enfants, c’est le
cœur du métier. Par exemple, avec un
enfant de 2 ans: on se baisse, on se met
à sa hauteur, on le regarde et on lui pose
une question ouverte, on attend sa ré-
ponse et on valorise ses productions
vocales. Les résultats sont particulière-
ment intéressants! Ensuite, le pro-
gramme nécessite aussi d’instaurer des
ateliers de langage. Comme un atelier
de bricolage d’un quart d’heure, mais
qui permet, en très petits groupes, d’en-
courager l’enfant à parler. L’objectif est
toujours de renforcer la confiance en soi.
Le troisième axe cible les familles. Les
études montrent qu’une langue mater-
nelle bien maîtrisée facilite l’acquisition
des autres langues.»Vouloir absolument
pratiquer un français imparfait à la mai-
son serait donc une fausse bonne idée.
Ce programme innovant, soutenu par le
Bureau de l’intégration des étrangers,
est appliqué àVernier depuis 2014. Mey-
rin a commencé à le reprendre, d’autres
pourraient suivre.
Engagement d’un psychologue
Mais il n’y a pas que le langage. En fonc-
tion des besoins, les éducateurs sont
soutenus par des spécialistes. Comme à
Bagnes (lire ci-contre),Vernier, confronté
à des services cantonaux suroccupés,
s’est assuré les services d’un psycho-
logue à 50%. «Nous ne problématisons
pas tout de suite. Le spécialiste com-
mence par donner des conseils aux
équipes. Cela peut suffire. Mais toujours,
nous nous adressons aux parents pour
un travail en partenariat. L’objectif est
d’instaurer un dialogue, à comprendre
comment cela se passe au domicile.
Nous échangeons autant que possible
avec les parents pour mettre en place
des interventions utiles au développe-
ment de l’enfant ou le cas échéant les
orienter vers des spécialistes. Car dans
les cas exceptionnels, où il faut faire le
deuil de la normalité de l’enfant, la dou-
leur est très importante.»
Bagnes enValais ne veut «pas tout
institutionnaliser»
La volonté de pouvoir accueillir un maxi-
mum d’enfants, et de les entourer d’au-
tant de compétences exige un fort enga-
gement des communes. La commune de
Bagnes dans le canton du Valais, qui
compte plus de 8000 habitants pour un
territoire comparable à celui du canton
de Genève (pas moins de 282 km²), tra-
vaille avec deux crèches, deux unités
d’accueil pour écoliers (UAPE) et des
crèches-garderies privées. «Nous
sommes très satisfaits de l’apport des
privés», souligne Stéphane Michellod,
chef de service. Elles apportent notam-
ment une offre complémentaire adaptée
aux besoins des travailleurs de saison et
des touristes. Nous ne voulons certaine-
ment pas tout institutionnaliser.»
Offrir des possibilités à tous les
enfants, sans distinction de moyens
A la tête des deux crèches communales,
Anne Terrettaz a implémenté l’encoura-
gement précoce il y a déjà longtemps.
Elle insiste sur une définition positive:
«Cela signifie que nous offrons à chaque
enfant, sans distinction de moyens fi-
nanciers, la possibilité de faire des ex-
périences profitables pour son dévelop-
pement. C’est d’ailleurs une volonté
cantonale.»
Elle aborde ensuite l’autre dimension du
dispositif. «Notre personnel a suivi des
formations, nous sommes des éduca-
trices expérimentées. Nous pouvons
détecter, par exemple, un enfant qui pro-
gresse moins vite. Nous avons des pro-
tocoles, nous plaçons des observations
et nous pouvons en parler entre nous à
l’occasion de nos colloques d’équipes.
Le canton met à notre disposition des
moyens, via le Centre pour le dévelop-
pement et la thérapie de l’enfant et de
l’adolescent (CDTEA) – surtout des logo-
pédistes et des psychologues. Pour
notre part, nous avons trouvé une solu-
tion avec une psychologue privée. Avant
de faire appel à elle, nous échangeons
avec les parents. Selon mon expérience,
ils se doutent souvent de quelque chose,
et notre intervention déclenche un pro-
cessus d’acceptation de la différence. Ce
protocole est très concret: cette semaine
nous rencontrons des parents. Et nous
allons obtenir un poste supplémentaire
pour offrir à leur enfant un accueil de
qualité!»
Un cahier pour impliquer les parents
Les crèches communales de Bagnes
œuvrent aussi pour que les parents
soient davantage impliqués. AnneTerret-
taz: «Certains enfants, notamment àVer-
bier, passent huit heures par jour, du
lundi au vendredi, chez nous. Mêmes si
ils sont très occupés, nous estimons que
les parents doivent s’intéresser à l’expé-
rience de vie communautaire de leur(s)
enfant(s). Pour leur bien, pas pour le
nôtre! Nous avons mis en place un dis-
positif de petit cahier qui circule entre la
crèche et la maison, et dans lequel sont
décrites et consignées les activités.»
Projet de fusion
La structure actuelle permet à AnneTer-
rettaz de diriger la crèche communale de
Verbier et celle de Montagnier,
800 mètres d’altitude plus bas. Mais
cette organisation ne va pas pouvoir
suivre la croissance attendue. Stéphane
Michellod: «Une structure d’accueil est
prévue dans le projet de groupe scolaire
de Versegères. Et Bagnes et Vollèges
(n.d.l.r.: commune voisine de près de
2000 habitants) ont le projet de fusion-
ner. La participation au projet Primokidz
2 des Fondations Jacobs et Roger Fede-
rer doit nous permettre de déterminer la
structure idéale. C’est un objectif poli-
tique: opter pour la structure adminis-
trative adaptée à nos besoins, en fonc-
tion de l’évolution démographique
attendue ces 15 à 20 prochaines an-
nées.»
Vincent Borcard
www.vernier.ch www.bagnes.chPlus de 140 langues cohabitent dans les rues et les grands ensembles de la ville de Vernier.
Chaque année, 800 enfants sont accueillis, et des projets sont en cours.
Photo: Vincent Borcard




