Visa pour l'Europe du Nord

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L’EUROPE DU NORD

Petit guide pratique du startupper dans les pays nordiques

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Petit guide pratique du startupper dans les pays nordiques

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PRÉFACE Pays nordiques : l’innovation permanente

« Le dynamisme des pays nordiques tient au moins autant à l’innovation de leurs startups qu’à la capacité de leurs grandes entreprises à se transformer. »

Guillaume Lefebvre, Senior Country Officer Crédit Agricole CIB Nordic Region

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« Il faut que tout change pour que rien ne change. » Cet aphorisme célèbre, extrait du Guépard de Lampedusa, pourrait d’une certaine manière s’appliquer au “miracle économique” du développement continu que connaissent les pays nordiques depuis plusieurs années. Depuis 2011, les taux de croissance de la zone nordique surperforment en effet assez nettement ceux de la zone euro, de l’ordre de 1 % au moins chaque année. Les perspectives pour 2019 sont à l’avenant. Il peut être périlleux d’essayer d’identifier une cause première de ce succès durable, mais on peut, sans trop se risquer, l’attribuer à quelques éléments phares de cette économie. Lorsqu’on l’observe de manière statique, on remarque rapidement qu’elle est tirée d’une part par un nombre assez remarquable de leaders mondiaux, surtout au regard d’une population de l’ordre de seulement 26 millions d’habitants (pour les pays nordiques) D’autre part, par un nombre tout aussi étonnant d’entreprises nouvelles à croissance rapide, dont certaines deviennent des leaders dans leur domaine. Le tout, avec une capacité unique de remise en cause et de promotion de l’innovation, comme marketing de différenciation (plus que par les prix) vis- à-vis des grands clients internationaux. L’innovation et l’entrepreneuriat sont clairement intégrés comme des opportunités plus que comme des risques dans les stratégies de développement. Ainsi ces pays comptent-ils deux des leaders mondiaux dans le domaine des camions (Volvo et Scania), deux autres dans les domaines de l’électronique (Ericsson et Nokia), de l’outillage de précision et l’automation (Sandvik, ABB) et de l’équipement minier (Sandvik et Atlas Copco) ; un dans les domaines de l’industrie du bois (UPM), la propulsion marine et les centrales électriques (Wärtsilaä), les grues et les ponts roulants (Konecranes), l’électroménager (Electrolux), l’ameublement (IKEA), l’habillement (H & M), les avions d’interception (Saab), la construction (Skanska) ; plusieurs dans la sidérurgie (SSAB, Outokumpu, Norsk Hydro) et le secteur du papier et de ses dérivés (Essity, anciennement SCA, Stora Enso, etc.), auxquels il faut encore ajouter le leader mondial de l’élevage du saumon (Marine Harvest) et les leaders norvégiens de l’industrie pétrolière et des industries associées (Equinor, Aker).

La liste n’est pas exhaustive, mais déjà impressionnante pour des “petits pays” davantage connus pour leur art de vivre, leur ameublement, les aurores boréales, voire le père Noël censé y résider !

Il en va de même pour les entreprises plus récentes et innovantes avec Skype, Klarna (FinTech), King (Candy Crush), Spotify, Mojang (Minecraft), pour la Suède ; Curious Al (intelligence artificielle), M-Files (gestion électronique de documents), en Finlande ; Fuse (création d’applications), Greenbird Integration Technology (Cloud), nLink (robotisation), etc., en Norvège.

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Cet élan résulte d’une volonté politique d’accompagnement des transformations mise enœuvre tant par la Finlande et la Norvège que par la Suède, avec un “écosystème” propice à l’entrepreneuriat et à l’innovation : soutiens publics et privés à l’innovation, événements réguliers et d’impact mondial autour de l’innovation, capacité à attirer les structures de capital-risque spécialisées dans l’accompagnement de l’innovation, etc. Au premier regard, de manière statique, le constat est, nous le voyons, étonnant. On pourrait aussi citer le million d’entreprises pour 10 millions d’habitants et les quelque 10 000 startups qui font de la Suède un véritable pays d’entrepreneurs. On le voit, les “paisibles” Vikings, tels qu’ils sont souvent considérés, constituent un véritable vivier d’intrapreneurs pour les grandes entreprises et d’entrepreneurs pour les startups. Le PIB moyen par habitant est pour sa part de 52 000 euros pour les pays nordiques, contre 37 000 en France. Mais pour reprendre une phrase célèbre, « on dit toujours, laissez parler les faits, le malheur, c’est que les faits ne disent rien » (H. Poincaré). Qu’en est-il lorsque l’on pose sur l’économie des pays nordiques un regard dynamique cherchant à identifier quelques causes premières de ces succès ? En phase avec leur passé de “Vikings voyageurs”, il est clair que les pays nordiques peuvent être regardés comme une plateforme mondiale d’exportation, mais aussi d’intégration d’idées nouvelles, de production de biens et de concepts (y compris dans le design d’ameublement). Le tout servi par une langue nationale propre à chaque pays qui cohabite avec une pratique courante de l’anglais, comme langue mondiale, par plus de 80 % de la population. Les pays nordiques ont intégré la globalisation comme moteur de leur développement, pour une extension majeure de leurs marchés locaux respectifs. Ils tirent de la diversité de leurs clients étrangers une énergie et des idées inédites qui leur permettent de renouveler leurs entreprises “anciennes” et d’en créer de nouvelles. Car l’innovation procède certes de la capacité à saisir des solutions nouvelles, mais aussi de l’aptitude à mettre de la nouveauté dans des solutions anciennes. Le creuset économique et social de ces pays, et leur fort investissement en Recherche et Développement (troisième pays au monde en termes de pourcentage du PIB pour la Finlande et cinquième pour la Suède, avec plus de 3 % chacun) sont très certainement à l’origine de la floraison et de la survie des startups évoquées plus haut. Ce dynamisme est ancien et pérenne, et les succès d’aujourd’hui sont le fruit de vingt-cinq ans d’investissements, de rapprochements et de coopération fluide entre les organismes universitaires et les entreprises. La recette est éprouvée et connue. Elle stimule l’éclosion de startups et leur moindre mortalité dans un environnement

PRÉFACE

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porteur ; des startups qui, à leur tour, contribuent à une transformation rapide de l’environnement social et sociétal. Swish, l’outil de paiement instantané depuis un smartphone en est un exemple éclairant. BankID également. Assez étonnamment, ce sont les banques elles-mêmes qui sont à l’origine de ces applications, une manière pour elle de prévenir un débordement par les FinTechs et une désintermédiation. iZettle, sur les services de paiement, ou Tink, sur l’analyse des données des clients, sont d’autres exemples. Plus étonnante encore, et rarement mentionnée, est la capacité des grandes entreprises à se renouveler. Pour illustrer le propos, quelques exemples de ces “grands-mères” en phase avec les évolutions sociétales et technologiques : Volvo Trucks, qui investit dans les camions et les bus électriques, les trains de camions et la conduite autonome (sans intervention humaine) ; Volvo Cars, dont la tradition d’innovation en matière de sécurité n’est plus à faire ; dans le domaine des industries en “ique”, Ericsson et la 5G, Nokia, IP-Only, Telia, Com Hem, etc. Par essence, ces dernières sont bien entendu investies dans les changements technologiques. Mais il ne faut pas s’y tromper : elles ont fait preuve précocement d’une véritable intelligence sociale en intégrant le fait que chacun serait prêt à payer demain pour avoir accès à l’information partout et rapidement. Se réinventer, c’est aussi explorer de nouveaux territoires stratégiques. C’est notamment le cas de SCA (Kleenex, Lotus, etc.), traditionnellement dans le papier. Le groupe évolue aujourd’hui vers l’hygiène avec le rachat d’une entreprise allemande du secteur et profite de l’occasion pour changer de nom, devenant Essity. Dans une industrie tout aussi traditionnelle, la métallurgie et l’aciérie, l’exemple de SSAB, qui est passée de l’acier de base pour les chantiers navals aux aciers de niche à forte valeur ajoutée, est également éloquent. Outokumpu, en Finlande, est un autre exemple marquant dans la sidérurgie. De même que Konecranes, qui s’est distinguée en 2016 en faisant une implantation réussie sur le marché américain via la reprise de l’un de ses concurrents. Et que dire de Schibsted, le leader des médias norvégiens, qui a si bien réussi sa mutation sur Internet qu’il est désormais le propriétaire du Bon Coin, ce que sans doute peu de Français savent. Les exemples sont nombreux et méritent d’être connus. Ils sont une illustration vivante du “miracle” nordique, qui s’explique par cette capacité durable des entreprises, grandes et petites, à se remettre en question. Les grandes entreprises, en particulier, méritent notre intérêt du point de vue de leur management. Le modèle managérial nordique est en effet construit sur des décisions consensuelles, qui lorsqu’elles sont acquises, garantissent l’adhésion au changement : « Une fois qu’on est d’accord, on passe résolument à l’action ».

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PRÉFACE

Oui, les pays nordiques sont bel et bien un exemple “d’innov’action” à méditer. Les entreprises françaises qui s’y sont investies ne le regrettent pas. Ce guide est une invitation, voire un appel à s’inscrire dans cette dynamique et à profiter de leur formidable potentiel économique et social. Ses auteurs, en fins connaisseurs de ces pays au sein desquels ils exercent, se sont résolument placés dans cette perspective pour vous aider à explorer ces marchés et leur potentiel, à y vendre vos savoir-faire et vos produits, voire à vous y implanter. La France en est un partenaire avisé, notamment de la Suède. Son engagement, consécutif à la COP 21, est essentiellement fondé sur les développements futurs du monde. Il trouve sa parfaite illustration et son incarnation dans le partenariat franco-suédois pour l’innovation et les solutions vertes signé le 17 novembre 2017 par le Président de la République français et le Premier ministre suédois à Göteborg, en marge du Sommet social européen pour des emplois et une croissance équitables. Ce partenariat, adossé à une déclaration politique, s’est doté d’une feuille de route opérationnelle déclinant quatre axes de travail : les solutions vertes pour les transports, les énergies propres et les villes intelligentes, le développement de la finance verte (le Crédit Agricole, a organisé une conférence majeure sur le sujet à Stockholm le 29 mai 2018, aux côtés du service économique régional de l’ambassade de France), la “smart industry” et les startups, l’innovation dans le domaine de la santé et des sciences de la vie. Autant de thèmes pour lesquels la Suède et la France ont un intérêt partagé pour saisir les opportunités du concert mondial de changements évoqué précédemment et sur lesquels leur avance constitue un atout pour chacun des deux pays. Les pays nordiques et la France, en dépit de supposées ignorances ou de trompeuses apparences, cultivent de véritables ressemblances, et personne ne les a mieux exprimées que Camus dans son “discours de Suède”, lors de la remise du prix Nobel de littérature en 1957 : « Pour parler de tous et à tous, il faut parler de ce que tous connaissent et de la réalité qui nous est commune. La mer, les pluies, le besoin, le désir, la lutte contre la mort, voilà ce qui nous réunit tous. » Et, tout aussi pénétrant : « Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. »

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SOMMAIRE

Envisager le Nord 10

A Des pays qui gagnent à être mieux connus 12

1 I Finlande : le pays tourne le dos à la crise 12 2 I Norvège : vers une diversification de l’économie 15 3 I Suède : performance et qualité de vie 17

B Une terre d´accueil de l´innovation 21

1 I Un environnement dynamique 21 2 I Une expertise reconnue dans des secteurs d´avenir 24 3 I La FinTech, fer de lance de l’innovation 36

Conseils pratiques par pays 49

La Finlande 50

1

Donner vie à son projet 52

A I Renseignez-vous sur l´écosystème 52

1 I Les acteurs de l´innovation 52 2 I Les événements de la scène startup 56

B I Réussissez l´implantation de votre entreprise 56

1 I Les formalités administratives 56 2 I Élargissez vos financements 58 3 I La pratique des affaires 60

2 Conseils pratiques aux nouveaux arrivants 61

A I Démarches auprès des services de l´immigration 61 B I Vie pratique 64 C I Sociologie, usages, coutumes 66

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La Norvège 68

1

Donner vie à son projet 70

A I Renseignez-vous sur l´écosystème 70

SOMMAIRE

1 I Les acteurs de l´innovation 71 2 I Les événements de la scène startup 74

B I Réussissez l´implantation de votre entreprise 76

1 I Les formalités administratives 76 2 I Élargissez vos financements 77 3 I La pratique des affaires 79

2 Conseils pratiques aux nouveaux arrivants 80

A I Démarches auprès des services de l´immigration 80 B I Vie pratique 80 C I Sociologie, usages, coutumes 81

La Suède 84

1

Donner vie à son projet 86

A I Renseignez-vous sur l´écosystème 86

1 I Les acteurs de l´innovation 86 2 I Les événements de la scène startup 92

B I Réussissez l´implantation de votre entreprise 93

1 I Les formalités administratives 93 2 I Élargissez vos financements 96 3 I La pratique des affaires 98

2 Conseils pratiques aux nouveaux arrivants 99

A I Démarches auprès des services de l´immigration 99 B I Vie pratique 100 C I Sociologie, usages, coutumes 101

Conclusion 105 Annexes et sources 112

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Lors de la visite à Paris, en juillet 2017, du Premier ministre suédois, Stefan Löfven, le Président de la République française Emmanuel Macron n’a pas manqué de vanter le modèle suédois, qu’il considère comme « une véritable source d’inspiration à plusieurs égards » . Selon lui, « la Suède a su faire évoluer son modèle social sans jamais le trahir, en conciliant un modèle de compétitivité et une vraie exigence de justice sociale ». Simple flatterie politicienne ou véritable reconnaissance de la part de M. Macron, ce diagnostic élogieux a eu le don de nous interpeller. Nous, Crédit Agricole CIB dans les pays nordiques, sommes convaincus qu’il existe une alchimie motrice, caractéristique et singulière, qui fait de cette région d’Europe un terrain de jeu unique pour les entrepreneurs d’aujourd’hui et de demain. Plus discrète que la Silicon Valley et que les tigres asiatiques, l’Europe du Nord n’en constitue pas moins en effet une région fertile et favorable à l’innovation et à la création de startups, comme vous allez le découvrir dans les pages qui suivent. Notre objectif avec ce petit guide est de vous donner, à vous aussi, ce “goût du Nord” qui s’est emparé des entrepreneurs qui y sont allés. Ceux qui sont venus “pour voir” ne l’ont pas regretté, encore moins ceux qui ont initié un partenariat, voire persévéré en s’y installant.

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DES PAYS QUI GAGNENT À ÊTRE MIEUX CONNUS

A

Difficile de résumer l’attrait pour cette région du globe tant il est le reflet multiple d’une manière de vivre et d’une façon de penser, à la fois discrètes et conquérantes. Une évocation synthétique des grandes caractéristiques socio-économiques suffit cependant à camper le portrait de ces territoires dynamiques, résilients et ouverts. Au-delà de ce “je-ne-sais-quoi” que l’on ressent dans les pays nordiques, nous avons compilé pour vous une multitude de classements internationaux. Ils vous apporteront une explication tangible à cette belle vitalité.

1 I FINLANDE : LE PAYS TOURNE LE DOS À LA CRISE

La Finlande avait la réputation d’être le malade du nord de l’Europe en raison d’une économie en berne depuis la crise financière de 2008. Fragilisée par la chute de Nokia et de son industrie du papier, et par le ralentissement de l’économie russe, la Finlande semblait incapable de trouver les relais de croissance nécessaires pour enrayer la montée du chômage.

Le vent a depuis tourné, mettant un terme à cette période de marasme économique. Le gouvernement finlandais a en effet emprun- té le chemin des réformes afin d’accélérer la timide reprise économique engagée en 2015. Ainsi, le pacte de compétitivité signé par les

partenaires sociaux au cours de l’année 2016 a permis d’améliorer la compétitivité des en- treprises en gelant les salaires. Cette mesure s’est accompagnée d’une baisse des impôts afin de pallier l’absence prochaine de hausse des revenus des ménages.

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Alors que les économistes tablaient sur un taux de croissance de 2 % en 2017, la balance com- merciale s’est également améliorée pour revenir à l’équilibre. Selon les chiffres préliminaires des douanes finlandaises, les exportations de biens ont progressé de 15 % par rapport à 2016 1 . Celles-cicomplètentdésormais lademande inté- rieurepourseconstituermoteurde lacroissance. Celle-ci devrait rester stable durant les pro- chaines années, tant la confiance des ménages est élevée et le climat mondial des affaires porteur. Les investissements s’accélèrent, no- tamment dans le secteur immobilier, soutenu par une forte demande dans la région d’Helsinki. De plus, le pays peut capitaliser sur la hausse du tourisme en provenance d’Asie et de Russie. La Finlande a su se vendre comme la porte de l’Europe pour les touristes asiatiques qui y débarquentenmasseafind’ycontempler lesau- rores boréales et laLaponie, patriedupèreNoël! Le chômage – bien qu’encore élevé – diminue progressivement et s’établit désormais à 8,7 % de la population en âge de travailler. Cette dynamique positive est illustrée par l’évo- lution du taux de croissance du pays, ici mis en perspective avec les données des autres pays nordiques et de la France.

Investment and exports are steaming ahead

Y-o-y % changes

8 6 4 2 0

-2 -4 -6 -8

2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018

Real export Real business fixed investment

A I Des pays qui gagnent à être mieux connus

The recovery is strengthening

Y-o-y % changes

% of labour force

3

9,6

2

9,2

8,8

1

8,4

0

8,0

-1

7,6

-2

2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018

Real GDP Unemployment

Source: OECD Economic Outlook 101 database.

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Évolution des taux de croissance (Source : Banque Mondiale) 6

4

2

0

-2

Suède

-4

Finlande

-6

Norvège

-8

France

-10 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016

Surlefrontdelapolitique,lesFinlandaisontrécem- mentrenouveléleurconfianceauprésidentsortant de centre-droit, Sauli Niinistö, qui a remporté la majorité des suffrages dès le premier tour. Le par- lement, dont la majorité est issue d’une coalition decentre-droit,estfavorableaugouvernementen place.Cettestabilitépolitiquefavorisel’adoptionde mesures structurelles nécessaires au maintien de l’attractivité du pays. Seules ombres au tableau, le vieillissement de la population, la hausse du prix de l’immobilier et l’accroissement du niveau d’endettement des ménages constituent une source de vulnérabilité financière etmacroéconomique croissante–bien que demeurant inférieure à celle de ses voisins nordiques. La priorité du gouvernement pour les années à venir reste la lutte contre le chômage, le contrôle des dépenses publiques et la décentralisation des compétencesadministratives.Lesinvestissements publicsserontlimités,exceptionfaitedusecteurdes transports.Unepolitiqueprudenteapplaudieparles agencesdenotationDBRSetFitchquiontrécem- ment confirmé leurs notations –AA+ pour Fitch et

AApourDBRS–,assortiesd’uneperspectivestable. NuldoutequelaFinlandeestdenouveauenmarche.

Outre le volet économique, la société finlandaise continue de promouvoir les initiatives favorisant une plus grande cohésion sociale. Le pays s’est ainsi classé 4 e des membres de l’OCDE affichant le plus faible taux de pauvreté en 2014. Le curseur est également positionné sur l’épanouissement personnel,grâcenotammentàunmeilleuréquilibre entre vie privée et vie professionnelle. En résulte la bonne performance du pays, qui se classe 5 e des pays les plus heureux dumonde 2 . L’enseignement supérieur, jugé 3 e meilleur au monde 3 , est scindé en deux groupes distincts : les universités et les universités en sciences appli- quées 4 . Les premières se concentrent essentielle- ment sur la recherche académique et scientifique, tandis que les secondes ont une plus grande fi- nalité professionnelle. Il existe en Finlande 14 uni- versités et 26 universités en sciences appliquées. Rapporté à la population, le système universitaire finlandais est l’un des plus denses d’Europe. On compte chaqueannéeenviron 170000étudiants, dont 22 000 doctorants.

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2 I NORVÈGE : VERS UNE DIVERSIFICATION DE L’ÉCONOMIE

• La Norvège n’est pas en reste en termes d’attractivité.

Tout le monde connaît la Norvège pour ses paysages et ses aurores boréales, mais elle est aussi un pays aux performances économiques remarquables :en2016,sonPIBparhabitantétait supérieurà64800euros(4 e positionmondiale 5 ), le taux de chômage était d’environ 3,3%et l’État n’était endetté qu’à hauteur de 37 % du PIB. La Norvège est notée AAA par Standard & Poor’s 6 . L’économie norvégienne est historiquement basée sur les riches ressources naturelles du pays : industries gazière et pétrolière, pêche, exploitation forestière et industrie minière. Gaz et pétrole sont largement prépondérants ; ilsreprésententeneffet lamoitiédesexportations de biens. En2017, leur valeur à l’export dépassait

les 43 milliards d’euros et, la même année, la Norvège subvenait au quart des besoins de gaz de l’Union européenne 7 . L’exploitation des res- sources halieutiques a, elle, rapporté à l’export presque 9,5 milliards d’euros en 2017 8 . Lamanne issuede ces activités aété investiepar l’État dans un fonds souverain destiné à soutenir la pérennité du système de retraites, et dont la valeur est supérieure à 847 milliards d’euros 9 . La part importante des hydrocarbures dans l’économie norvégienne met celle-ci partielle- mentà l’abridesaléasde laconjonctureglobale : alors que la France connaissait en 2009 une récession de 2,9 %, la Norvège a vu, au cours de la même période, son PIB se contracter de “seulement” 1,7 %.

A I Des pays qui gagnent à être mieux connus

700

70

600

60

500

50

400

40

431

300

30

200

20

Billion NOK (2016)

% of total exports of goods

100

10

0

0

-

1971 -

2011 -

1981 -

1991 -

1973 -

1974 -

1977 -

1975 -

1972 -

2013 -

1983 -

2017 -

1978 -

1987 -

1993 -

2015 -

1985 -

1976 -

1979 -

1997 -

2014 -

1984 -

1995 -

2012 -

1982 -

1994 -

1988 -

1992 -

2016 -

2001 -

2010 -

1986 -

1989 -

1998 -

1980 -

1996 -

1999 -

1990 -

2003 -

2007 -

2005 -

2004 -

2002 -

2008 -

2006 -

2009 -

2000 -

■ Crude oil ■ Natural gas ■ Condensatel ■ Share of total exportd of goods

Source : Norsk Petroleum

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Le revers de cette particularité est bien sûr une sensibilité marquée de l’économie à l’évolution du marché mondial des hydrocarbures : sur la période 2015-2016, il est estimé que les champs pétroliers et gaziers détenus par l’État norvégien ont vu leur valeur chuter de plus de 40 milliards d’euros 10 , et plus de 36 000 emplois ont été supprimés. La nécessité de diversifier l’économie a par conséquent été résolument reconnue par l’État, qui a engagé depuis quelques années une po- litique de promotion des secteurs innovants, notammentàtraversdes investissementsréalisés par l’agenceInnovasjonNorge 11 .Cettedimension sera développée plus loin dans ce guide. Autre signal fort de la détermination des pouvoirs publics à tourner la page de la dépendance aux hydrocarbures,ilestenvisagéquelefondssouve- raindupaysclôtureprogressivementlespositions qu’il détient dans ce secteur 12 . Cette résolution vaut aujourd’hui à la Norvège d’être considérée par l’Union européenne comme appartenant à la catégorie des pays “Strong Innovators” 13 . Les Norvégiens ont refusé par deux fois de re- joindre l’Union européenne – entre autres pour des raisons liées aux quotas de pêche –, mais le pays fait partie de l’Espace économique euro- péen. Les premiers partenaires commerciaux de laNorvègesont leRoyaume-Uniet l’Allemagne 14 .

Avec 5,3millions d’habitants en2017, la popula- tion norvégienne est, en nombre, assez similaire à celles du Danemark (5,6 millions) et de la Finlande (5,5 millions). Ajouté à une très bonne maîtrisede l’anglais,sonhautniveaud’éducation fait partie des atouts du pays : il se classe 7 e des pays de l’OCDE par la proportion de sa popula- tion diplômée du supérieur 15 . L’éducation est en grande partie gratuite 16 . La Norvège est régulièrement classée parmi les pays où l’on vit le mieux (parfois en 1 re position), grâce notamment à la qualité de son système de santé, de son éducation et à son espérance de vie élevée 17 . Par ailleurs, la Norvège est l’un des pays où il est le plus facile d’exercer une activité économique, selon le classement de laBanquemondiale Ease of Doing Business (8 e place en 2017, juste après le Royaume-Uni) 18 . Un autre trait distinctif de la Norvège est l’en- gagement des pouvoirs publics en faveur des énergies renouvelables. Le mix énergétique du pays, par exemple, n’est pas du tout à l’image de sesexportations : laproductiond’électricitépro- vient à 98 % des énergies renouvelables, avec 96 % d’hydroélectricité (grâce aux montagnes qui recouvrent près de la moitié du territoire) et 1,5 % d’éolien, tandis que seuls 2 % proviennent de centrales thermiques 19 .

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À travers l’entreprise publique Statkraft, la Nor- vègeest lepremierproducteurd’énergiesrenou- velables en Europe. Le volontarisme gouverne- mentalen lamatièreestégalementtangibledans lesecteurdesvéhicules,avecdefortes incitations fiscales mises en place pour atteindre l’objectif d’une flotte 100 % sans émissions en 2025 20 . Pour résumer cette partie sur l’attractivité éco- nomique de laNorvège, on peut donc insister sur le très haut pouvoir d’achat des habitants, sur la pleine intégration du pays au marché unique

européen, sur la qualité des finances publiques (incluant le gigantesque amortisseur que consti- tue le fonds souverain du pays), sur la facilité d’entreprendre, sur le niveau de qualification de la population et, enfin, sur la récente orientation gouvernementale en faveur d’une diversification de l’économie, via l’innovation. Tous ces facteurs constituent autant de raisons de considérer la Norvège comme une terre d’accueil pour les entrepreneurs et les nouvelles technologies.

3 I SUÈDE : PERFORMANCES ET QUALITÉ DE VIE

Avec environ 10 millions d’habitants contre un peu plus de 5 millions seulement pour le Danemark, la Finlande et la Norvège, la Suède est le plus peuplé des pays nordiques. Ajoutée à une surface elle aussi supérieure à celle de ses voisins (+ 25 % environ qu’en Norvège et en Finlande), cette caractéristique place les problématiques économiques suédoises dans une catégorie différente de celle des autres pays nordiques.

A I Des pays qui gagnent à être mieux connus

Gestion des finances publiques : entre 2016 et 2017, l’État suédois s’est désendetté, jusqu’à un niveau actuel d’environ41%duPIB seulement 26  ! Indice de développement humain : 7 e place mondiale en 2018 (24 e pour la France) 27 . Politique de l’innovation : 3,26 % du PIB ont été alloués aux dépenses de R & D en 2016, contre 2,23 % en France 28 . Innovation: laSuèdeétaitconsidéréeen2017 comme le pays le plus innovant de l’Union européenne 29 . Qualité de vie : l’indice de satisfaction des habitants est de 7,3 pour la Suède, contre 6,5 pour la moyenne des pays de l’OCDE 30 .

Mais tout comme la Norvège et la Finlande, la Suède s’illustre sur un grand nombre de tableaux : Indicateurs et perspectives macroé- conomiques : une croissance de 2,7 % et un taux de chômage de 6,5 % en 2017 21 . Pour 2018, la croissance s’établit autour de 2,7 % 22 . La Suède est notée AAA par Standard & Poor’s 23 . Politique environnementale : on peut citer l’adoption en 2017 d’un objectif de neutralité carbone à l’horizon 2045 24 ou encore le pourcentagedesénergiesrenouvelablesdans la consommation du pays, supérieur à 35% 25 .

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D’inspiration socialiste jusquedans les années90, lagouvernanceéconomiquedupaysa,depuis,pris un tour plus libéral, avec une baisse de la pression fiscale et une relative réduction de l’étendue des prestations de l’État providence. La somme des impôts et taxes perçus représente environ 50 % du PIB, soit un niveau comparable à celui de la France 31 . Le pays n’a pas été épargné par la crise de 2008 (avecunerécessiondeplusde5%en2009!),mais ilaamplementdémontrésacapacitéderésilience et la qualité des fondamentaux de son économie. En attestent, par exemple, les profils du PNB et du taux de chômage (cf. graphique ci-contre). L’économie suédoise est restée beaucoup plus industrielle que la France (33 % du PIB contre 19,4 %) 32 et se structure largement autour de grandes entreprises emblématiques (IKEA, SSAB, H & M, Volvo, etc.).

2005 = 100

%

140 135 130 125 120 115 110 105 100 95

10

Real GPD

Unemployment rate (rhs)

9

8

7

6

5

2005

2010

2015

Source : OECD Economic Outlook database

Le pays fait partie de ceux où il fait bon entre- prendre, avec une 10 e place au classement Ease of Doing Business de l’OCDE 33 . La Suède se distingue aussi par le poids des exportations dans son économie (cf. graphique ci-dessous).

Soldes de la balance courante en % du PIB (Source :OECDData)

6

5

4

3

Suède

2

1

OECD - Total

0

France

-1

l 2011

l 2012

l 2013

l 2014

l 2015

l 2016

l 2017

18

ENVISAGER LE NORD

Au-delà des indicateurs macroéconomiques, les individus jouissent d’une qualité de vie parmi les meilleures du monde occidental (à l’image des

autrespaysnordiques),avecundifférentielpositif particulièrement important en termes de qualité de l’environnementetdeperceptiondubien-être.

OECD Better Life Index

Income

10

Subjective well-being

Jobs and eamings

8

6

Personnal security

Housing

4

2

0

Environmental quality

Work and life balance

Sweden OECD Other Nordics

Civic engagement and governance

Health status

Social connections

Education and skills

Source : OECD BEtter Life Index database

Les performances du pays en matière d’égalité sont un autre des aspects de l’exemplarité sué- doise : depuis 2014, presque 44 % des membres duparlementsontdesfemmes.Ellesreprésentent également plus de la moitié des membres du gouvernement. Au plan politique, la Suède est une monarchie constitutionnelle. Les trois principaux partis sont le Parti social-démocrate suédois des travailleurs (gauche),lesModérés(libéraux-conservateurs)et lesDémocratesdeSuède(nationalistesetconser- vateurs).Legouvernementestactuellementdirigé par le social-démocrate Stefan Löfven, qui a été reconduit au terme d’un long processus de négo- ciations après les élections de septembre 2018. LaSuèderencontrebiensûrson lotdedéfis:poids de la dette des ménages 34 , tensions sur l’offre de logements dans les zones à fort développement économique, rareté de la main-d’œuvre dans

certainssecteursouencoreimmigrationdemasse. Les performances économiques et sociales de laSuèden’en restent pasmoins remarquables, à unpointpresqueparadoxalaupaysdu lagom, un adverbe signifiant approximativement “optimal” et relié à l’art de vivre à la suédoise, qui veut que l’on se garde de tout excès – négatif ou positif.  Parce qu’un tableau vaut mieux qu’un long dis- cours, concluons cette analyse par une mise en reliefsuccinctedesfondamentauxéconomiques de la zone nordique et de la France. Vous y trouverez certainement matière à réflexion et constaterez que ces “petits pays” brillent par leurs performances à maints égards. Ce sont des environnements économiques et sociaux très stimulants et, vous le devinez, très propices à l’innovation. Celle portée par les startups, bien entendu, mais tout autant celle développée par lesgrandsgroupes,quiexportent leursnouveau- tés partout dans le monde.

A I Des pays qui gagnent à être mieux connus

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FINLANDE

NORVÈGE

SUÈDE

FRANCE

Population

5,6 millions

5,3 millions

9,9 millions

67,19 millions

Taux de fécondité (enfants/femme)

1,7

1,7

1,9

1,9

Balance commerciale ( € )

-1,2 Mds

+20,2 Mds

-0,4 Mds

-61,1 Mds

Taux de chômage (décembre 2017)

8,7%

4,1%

6,5%

9,2%

Inflation

0,5%

1,6%

1,7%

1%

PIB par habitant en 2016 ($)

43,403

70,912

51,949

36,855

2,1% (estimation Banque centrale de Finlande)

3,1% (estimation Banque centrale de Suède)

Taux de croissance du PIB (2017)

1,8%

1,9%

Salaire annuel moyen en 2016 ($)

45,584

63,122

46,804

40,718

Salaire horaire brut médian en 2016 ( € )

17,2

28,0

18,5

14,9

Coût horaire du travail en 2016 ( € ) Inégalité de revenu (coefficient de Gini)

33,2

50,2

38,0

35,6

0,26

0,26

0,27

0,3

Impôt sur le revenu (% du PIB)

13,3%

10,4%

12,5%

8,6%

TVA (taux réduit/ intermédiaire/standard)

10% / 14% / 24% 8% / 15% / 25% 6% / 12% / 25% 5,5% / 10% / 20%

Impôt sur les sociétés

20%

24%

22%

33%

Dette des ménages en 2016 (% du revenu disponible)

133%

231%

183%

109%

Dette publique 2016 (% du PIB)

63,1%

33,1%

42,2%

96,5%

Niveau en mathématiques OCDE

5 e

10 e

15 e

19 e

Nombre de prix Nobel

5

13

31

68

Nombre de victoires à l’Eurovision

1

3

6

5

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UNE TERRE D’ACCUEIL DE L’INNOVATION

B

B I Une terre d’accueil de l’innovation

On a vu plus haut à quel point la notoriété des pays nordiques reste en-deçà de ce à quoi leurs nombreux atouts pourraient les faire prétendre. Mais, à n’en pas douter, l’exemple de leurs réussites parviendra bientôt à les imposer comme des références incontournables, non seulement en matières sociale et environnementale, mais également en matières économique et, surtout, d’innovation. Car, les peuples du Nord ne font pas que s’adapter aux révolutions technologiques, ils les façonnent et les portent au reste du monde.

1 I UN ENVIRONNEMENT DYNAMIQUE

Si la Suède domine largement la scène entrepreneuriale nordique, notamment grâce à un réseau plus mature, un plus large accès au capital et une plus forte renommée internationale, la Finlande et la Norvège ne sont pas en reste. La Finlande peut se targuer d’avoir incubé des licornes–ces jeunes startups demoins de 10ans non cotées en Bourse et valorisées à plus d’un milliard de dollars– et de disposer du réseau de

business angels le plus structuré et le plus actif d’Europe 35 .

La Norvège a, quant à elle, mis en place plus tardivement que ses voisins les mesures structurelles nécessaires au bourgeonnement de son écosystème. L’abondance de capitaux lui a cependant permis de rattraper une grande partie de son retard. Preuve en est, les quelque 8,8milliards d’euros de valorisations cumulés au cours de ces quinze dernières années 36 .

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Onpeutainsiaisémentaffirmerquecestroispays continueront de briller sur la scène de l’innova- tion, tant ils cumulent les atouts : la culture digitale y est très largement répan- due. Ericsson et Nokia ne sont pas étrangers à cela. La concentration de développeurs à Stockholm est à ce titre la deuxième plus importante aumonde, derrière l’indétrônable Silicon Valley 37 . Stockholm fut également la première ville au monde à adopter la 2G, la 3G et la 4G 38 . Les pays nordiques bénéficient d’un niveau d’éducation élevé, parmi les plus reconnus et valorisants du monde. Il n’est ainsi pas surprenant d’apprendre que plus de 90 % de la population parle couramment anglais 39 en Finlande et plus de 85% dans les autres pays, facilitant au passage la pratique des affaires à l’international. Les mesures prises par les pouvoirs publics pour mobiliser le capital sont efficaces 40 et permettent de soutenir un grand nombre de projets. L’aspect culturel est un facteur à ne pas sous-estimer. Les gens du Nord sont fiables, transparents, ont un sens aigu de l’éthique et, surtout, sont heureux. La famille, placée au cœur de la société, joue le rôle de catalyseur du bonheur. Ces caractéristiques ont facilité l’éclosion d’un écosystème solide. En 2016, les jeunes pousses ont levé près de 1,37 milliard d’euros en Suède 41 , 310 millions d’euros en Finlande 42 et 158 mil- lions d’euros en Norvège 43 . La même année, les montants levés auprès des business angels

étaient de 242millions d’euros 44 . Entre 2000 et 2014, la Suède a été le témoin de 263 sorties, dont la valeur est estimée à presque 20milliards d’euros, devançant largement la Norvège qui totalise 75 sorties pour 8,5milliards d’euros et la Finlande avec 91 sorties pour un montant total de 5,1 milliards 45 . Des chiffres qui donnent le vertigeet qui traduisent uneexpertise commune dans plusieurs pans de l’économie digitale. Bien que l’industrie du jeu vidéo ait été histori- quementunmoteurpour leséconomiesduNord, avec l’émergence rapide des licornes Mojang, King, Rovio, Supercell et Evolution Gaming, la libéralisationdusecteurfinancieret,notamment, l’entrée en vigueur de la directive européenne sur les services de paiement deuxième version (DSP2), fin 2017, ont permis l’essor d’un marché nouveau. En effet, la DSP2 oblige les banques à fournir l’accès aux données de leurs clients (consentants) à des acteurs tiers que sont les initiateurs de services depaiement ou les presta- tairesdeservicesd’informationsur lescomptes 46 . De nombreux acteurs ont su profiter de cette nouvelleréglementation,fruitd’âpresdiscussions entre laCommission européenne, l’Autorité ban- caire européenne, les banques et les startups de la FinTech. Ainsi, entre le mois de janvier 2014 et lemoisdemars2016,51 investissementsdans les FinTechsontétéréalisésdans lespaysnordiques, dont 32 en Suède 47 . Porte-étendards de cette tendance, iZettle et Klarna, deux FinTechs suédoises, ont réussi à lever respectivement 216millions et 515millions d’eurosencapitaletendette,selon laplateforme de données Crunchbase.

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Les MedTechs et autres EdTechs constituent également des marchés stratégiques pour les pays nordiques. À cet égard, xEdu et EdTech Sweden, les deux animateurs de la communauté enFinlandeetenSuède,ontrécemmentsignéun partenariat afin de soutenir et favoriser les ini- tiatives transnationales en matière d’éducation à l’ère du digital 48 . Autre secteur notoire, celui des objets connec- tés, qui souligne l’appétence des peuples nor- diques pour les nouvelles technologies. Selon un rapport de l’Union internationale des télé- communications 49 , la Suède, la Norvège et la Finlande se classent respectivement 1 re , 3 e et 4 e des pays les plus avancés enmatière d’adoption de ces objets intelligents. Il y aurait plus d’ob- jets connectés que d’habitants dans les pays nordiques 50  ! Impossible enfindenepas évoquer l’intelligence artificielle,pratiqueà l’origined’unnouveaubou- leversement économique, social et sociétal. Ce n’est pas lapremière fois que l’homme fait faceà detelschangements,etsi l’onretrace l’évolution de nos sociétés, on peut dire que l’intelligence artificielle nous fait entrer dans une cinquième ère. Il y eut d’abord la naissance d’une société à dominanteagraireetartisanale.Celle-cibascula vers une société commerçante et industrielle dès la fin du XVIII e siècle en Grande-Bretagne. Les économies industrielles laissèrent ensuite progressivementplaceàdeséconomiesditesde services durant la seconde moitié du XX e  siècle. Vint ensuite l’ère de la data, qui est sur le point de transmettre le flambeau à l’ère dite de l’intel- ligence artificielle 51 .

Malgré des débuts timides, les communautés scientifiques et entrepreneuriales des pays nordiques ont assimilé les enjeux liés à cette nouvelle technologie et multiplient les initia- tives. Des percées ont lieu, par exemple, dans les domaines de la vision par ordinateur, de la robotique et du traitement automatique du langage “naturel” (parlé par les humains). Une étudemenéepar Standout Capital 52 montrequ’il existe 57 startups opérant dans ce domaine en Finlande, 51 en Suède et 10 en Norvège. Cepen- dant, les investissements restent pour l’instant limités, les investisseurs étant toujours dans un cycle d’apprentissage. Sans oublier l’écrasante domination des géants américains qui captent la grande majorité des données, véritable car- burant de l’intelligence artificielle. Concluons cette partie en soulignant la volonté des acteurs de cet écosystème d’accentuer leur coopération en matière de financement et de promotion de la région. La création de l’as- sociation Nordic Business Angel Network et du fonds Rising North témoigne de cette volonté. Une nécessité lorsque l’on sait qu’en 2018, six des dix entreprises européennes affichant la plus forte croissance opèrent depuis le nord de l’Europe 53 . Observons maintenant plus en détail les dif- férentes expertises qui sont à la fois cause et conséquence de ce remarquable dynamisme nordique.

B I Une terre d’accueil de l’innovation

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2 I UNE EXPERTISE RECONNUE DANS DES SECTEURS D’AVENIR

EN FINLANDE

En Finlande, l’industrie du jeumobile est un véri- tablemoteur de l’économieet affichedésormais unchiffred’affairesdeprèsde2,01milliardsd’eu- ros 54 . Suite aux succès retentissants des studios Rovio et Supercell, le secteur a connu dans les années 2010 un véritable boom avec l’éclosion de plus de 250 studios de jeux vidéo à travers le pays. Entre 2012 et 2015, le secteur a levé plus de80millions d’euros auprès d’acteurs privés et il emploie aujourd’hui plus de 3000personnes à

En parallèle, l’essor du Cloud a favorisé l’émer- gence de nouveaux besoins en matière de stockage de données à distance, avec des data centers consommant beaucoup d’énergie pour refroidir en permanence leurs systèmes. Face à ce constat, la Finlande a su profiter de ses nombreux atouts pour attirer les grands noms du net. Le prix peu élevé de l’énergie, une taxe sur l’énergie faible et le climat frais tout au long de l’année permettent en effet de diminuer de 50% le coût de ces centres 58 . Deplus, la Finlande est un précurseur en matière de cybersécurité et offre une grande stabilité politique, écono- mique etmême sismique. Tous ces éléments ont convaincu Google, Yandex, Equinix et Microsoft de venir s’y installer.

travers lepays 55 . Depuis, Rovioa été introduitenBourseetaffiche une capitalisation boursière de 770 millions d’euros tandis que Supercell a été vendu pour plus de 7,2 milliards d’euros à Tencent.

Carte des entreprises ayant implanté un data center en Finlande

Ce succès est intimement lié à l’héritage de Nokia qui a su placer les technologies de l’in- formation et de la communication (TIC) au cœur de l’économie finlandaise. On dénombre 350 000 professionnels travaillant dans ce secteur et son chiffre d’affaires annuel est de 50 milliards d’euros 56 . Cet héritage, mêlé à un esprit entrepreneurial jeune et dynamique, a fait de ce pays une formidable terre de progrès qui attire les grands groupes à l’instar de Huawei, RollsRoyceet LG, qui ont récemment augmenté leur personnel travaillant en R & D. Les tests les plus avancés autour de la technologie5Gsedé- roulent d’ailleurs en Finlande 57 et ont rassemblé pour la première fois les trois géants du secteur : Nokia, Huawei et Ericsson.

Source : Invest in Finland

24

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Le pays a également décidé d’être un acteur de premier plan dans le secteur de l’intelligence

La HealthTech est avec l’industrie du jeu vidéo, unautre secteur pharedupays car il s’appuie sur l’existenced’unsystèmeuniverseldebanquesde données d’échantillons parmi les plus anciennes du monde et sur la disponibilité de lits médica- lisés pour mener à bien des essais cliniques 64 . Il n’est alors pas surprenant de voir des géants du secteur à l’instar de Bayer, PerkinElmer, GE Healthcare, Philips Healthcare, Thermo Fischer Scientific, Danaher, Varian Medical Systems et Elekta installer des centres de recherche en Finlande. sur son expertise dans les HealthTechs et la miniaturisation des technologies de communi- cationpourproposerdessolutionsradicalement innovantes. Plusieurs acteurs se sont déjà fait connaître comme Polar (cardiofréquence- mètres, montres GPS…), Suunto (montres de sport, ordinateurs de plongée…), Myontec et Clothing+ 65 (vêtements“intelligents”,e-textiles). Comme nous l’évoquions plus haut, le secteur de l’éducation fait également sa révolution digitale. On compte plus de 300 startups autour de l’éducation rien qu’à Helsinki 66 . Les WearableTechs consti- tuentégalementuneformi- dable opportunité pour la Finlandequi peut s’appuyer

artificielle 59 . Afin de réussir ce pari, il compte s’appuyer sur l’héritage laissé par Nokia en matière de connaissance des TIC. La Finlande n’est pas un acteur nouveau dans ce secteur car la Finnish Artificial Intelligence Society, qui a pour but de faciliter la transmissiondes connais- sances en intelligence artificielle, fut créée dès 1986. Lepays s’est d’ailleurs fait remarquer avec sa startup Curious AI, spin-off de l’université Aalto, qui repousse les limites de l’intelligence artificielle en créant des machines qui ne sont plus supervisées, et ce afin de reproduire au mieux le fonctionnement du cerveau humain et ses capacités d’apprentissage 60 . tions dans tous les pans de l’économie. Dans ce contexte, le ministre de l’Économie finlandais a annoncé la création d’un comité de pilotage 61 afin de favoriser l’émergence des initiatives sur ce sujet. À Helsinki, la société Tieto est la pre- mière au monde à avoir donné un siège au sein de son conseil d’administration à un robot doté d’une intelligenceartificielle 62 . Ce robot possède égalementundroitdevote.Plusrécemment, IBM a annoncé la signature d’un partenariat autour de la recherche en intelligence artificielle et ses applications dans le domaine de la santé 63 . L’intelligence artificielle est appelée à prendre une part importante dans la société de demain avec des applica-

B I Une terre d’accueil de l’innovation

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Autre fait marquant, la licorne américaine Magic Leap a décidé, fin 2016, d’ouvrir un

Seule ombre à ce tableau, une étude menée par le quotidien économique Kauppalehti révèle que 80% des investissements en capital-risque réalisés depuis 2010 se sont avérés des pertes sèches pour les investisseurs, soit 885 millions d’euros sur le 1,1 milliard d’euros levés 71 . (Obser- vons toutefois que, comme partout ailleurs, il suffit souvent d’un unique succès pour absorber lesnombreusespertesparallèles.)Deplus,s’ilest très facile de lever des fonds en phase d’amor- çage (seed et venture stages ), le pays manque encore d’acteurs en mesure de prendre le relais en phase d’accélération (growth stage ) 72 .

bureau de R & D à Helsinki 67 afin d’attirer en son sein les grands talents de la réalité virtuelle et de la réalité augmentée. Varjo, l’entreprise qui ambitionne de commercialiser un casque de ré- alité virtuelle très haute définition, a récemment levé 5,6 millions d’euros auprès d’investisseurs industriels 68 afin d’accélérer la mise au point de son prototype. 20th Century Fox, Airbus, Audi, BMW, Technicolor et Volkswagen seraient des clients potentiels. On peut également citer Jolla qui développedes dispositifsmobiles et possède son propre système d’exploitation Sailfish OS. En résumé, le secteur du capital-risque se porte bien en Finlande. 2016 fut l’année de tous les records avec 383 millions d’euros levés au profit de 400 startups, soit une hausse de 42 % par rapport à l’année précédente (cf. encadré ). Ce fut aussi la première année où les capitaux étrangers injectés dans l’écosystème dépas- sèrent ceux de l’État 69 .

2016, ANNÉE HÉROÏQUE

383 millions d’euros ont été levés par 400 startups en 2016, dont 216 millions auprès d’investisseurs étrangers, 80 millions auprès de fonds de capital-risque, 53 millions auprès de business angels et 34 millions auprès de différentes sources, dont les plateformes de crowdfunding 73 .

Le plus important tour de table de l’année 2016 revient à M-Files, une société qui excelle

sur les segments de la gestion électronique de documents et de plateformes de services de contenu, avec une levéede36millions d’euros 70 lui permettant d’ouvrir un bureau à Paris.

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