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L A C Ô T E D ’ É M E R A U D E
fortune de Saint-Malo vint de ses corsaires, aux
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siècles notamment. À la vérité, c’est surtout le
négoce qui apporta aux Malouins des revenus assez
élevés pour devenir à plusieurs reprises créanciers du
roi Louis XIV. Toutes choses qui ne s’ébruitaient guère,
puisqu’il s’agissait d’un commerce de contrebande
pratiqué avec les colonies espagnoles d’Amérique du
Sud. Bravant le monopole de la couronne d’Espagne,
les marchandises européennes y étaient échangées
contre de l’argent en lingots. Mieux, certains navires
malouins ne revenaient pas directement en France,
mais traversaient le Pacifque pour négocier le pré-
cieux métal en Chine ou dans les îles. Après avoir
rempli leurs cales d’épices, de soieries, d’ivoire, de
porcelaine, les hardis navigateurs poursuivaient leur
navigation à travers l’océan Indien, accomplissant de
la sorte un tour du monde. Sous Louis XIV, le port de
Saint-Malo, qui s’étendait entre l’île et la cité d’Aleth,
fut le premier port marchand de France.
Saint-Malo, ville de navigateurs
et de littérateurs
Faire le tour des remparts s’impose. Vous
y saluerez les statues des plus fameux navigateurs
malouins. Jacques Cartier, l’explorateur, que Fran-
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er
chargea de trouver une route maritime vers
la Chine en passant par le nord de l’Amérique. Et qui
remonta ainsi le feuve Saint-Laurent jusqu’au site de
Montréal. Duguay-Trouin, le corsaire, à qui ses exploits
— le pillage de Rio de Janeiro, notamment — valurent
d’être nommé chef d’escadre par Louis XIV. Robert
Surcouf, autre corsaire dont les Anglais mirent la tête à
prix, et qui, par esprit d’indépendance, refusa le grade
d’amiral que lui proposait Napoléon. Le quatrième
grand Malouin à saluer lors de cette promenade est un
homme de lettres : François-René de Chateaubriand,
qui fut inhumé sur l’îlot du Grand-Bé, devant la plage
de Bon-Secours. Si c’est marée basse, le visiteur devra
faire le détour, car sa sépulture ofre le plus beau des
panoramas sur la rade et les remparts de Saint-Malo.
Et justement, si l’on s’extasie devant son parfait état
de conservation, il faut savoir qu’au mois d’août 1944,
la vieille ville fut détruite à 80 % par les obus de l’ar-
mée américaine. Mais les Malouins résolus refusèrent
toute compromission et choisirent de rebâtir leur cité
à l’identique, tout en la modernisant. Soixante-dix
ans plus tard, la patine du temps a fait son œuvre, de
Sous Louis XIV,
le port de Saint-Malo,
qui s’étendait entre
l’île et la cité d’Aleth,
fut le premier port
marchand de France.




