Previous Page  99 / 152 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 99 / 152 Next Page
Page Background

99

La Côte d’Émeraude mérite bien son nom. Car

la fatteuse appellation décrit ce petit miracle auquel

on assiste régulièrement sur ses plages, lorsque la

lumière céleste illumine les fonds marins à travers

des eaux toujours cristallines. Lorsque le sable jaune

et chargé de paillettes de mica réféchit l’éclairage,

même par temps nuageux. Alors la mer prend des

teintes d’émeraude dont les nuances varient selon

la profondeur de la mer, la hauteur des vagues, la

force du courant, l’orientation du soleil ou quelque

autre paramètre encore. Tant et si bien que le pay-

sage ne paraît jamais le même. Toujours sublime,

il évolue en continu, et si rapidement qu’au lieu de

panoramas, c’est plutôt des spectacles somptueux

oferts par la Côte d’Émeraude qu’on devrait parler.

Pas de doute, les premiers Anglais qui s’établirent à

Dinard dans les années 1840 furent sensibles à ses

lumières magiques, eux qui avaient choisi de ne plus

subir en hiver les brumes du Nord mais de profter de

cieux plus cléments. Il suft de se promener un jour

de février sur la promenade du Clair de Lune, quand

un vent de nord lisse un ciel bleu profond où le jaune

vif des mimosas explose littéralement ; en déambu-

lant sous les palmiers au pied des villas anciennes,

on se croirait sur la Côte d’Azur d’autrefois, avant le

bétonnage. Ces Britanniques tombés amoureux de la

Bretagne frent de Dinard, puis de Saint-Énogat, de

Saint-Lunaire, de Saint-Briac, une sorte d’Angleterre

idéale avec des villas à bow-windows entourées de

gazons soignés comme des tapis. On leur doit aussi

la création du second golf en France, et aujourd’hui

encore, avec ses perspectives sur la pointe de la Haye

et le grand large, le dix-huit trous de Saint-Briac fgure

parmi les parcours «qu’il faut avoir faits ».

Des têtes couronnées

de la vieille Europe à Buffalo Bill

Avec la Belle Époque, la plaisante villégiature

créée par des Anglais quelque peu excentriques se

transforma en un rendez-vous obligé des célébrités

internationales. Des têtes couronnées de la vieille

Europe à Bufalo Bill en passant par les hommes poli-

tiques de la III

e

République, tout le monde est venu à

Dinard ! La chronique mondaine n’a pas oublié Wins-

ton Churchill, qui transformait sa chambre du Crystal

Hotel en atelier d’artiste où, inlassablement, il sai

-

sissait à l’aquarelle les variations de la lumière sur

la plage. Signac et Picasso aussi furent sensibles aux

lumières de la Côte d’Émeraude; les frères Lumière

y frent des essais de photo en couleur; Debussy y