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Ainsi que nombre de départements, l’Ille-et-

Vilaine tire son nom des principaux cours d’eau qui

la parcourent. Mais dans le cas présent, l’association

des noms prend une signifcation toute particulière

puisque, en remontant le cours de l’Ille puis en des-

cendant celui de la Vilaine, on passe de la Manche à

l’Atlantique : on voyage entre deux mers ! L’idée de

cet itinéraire nautique est née au

xvi

e

siècle, à l’époque

où le duché de Bretagne atteignit sa plus grande

prospérité : il s’agissait alors de libérer le transport

par bateau des contingences météorologiques. Au

temps de la voile en efet, faire le tour de la Bretagne

contre les vents d’ouest dominants pouvait s’avérer

impossible pendant de longues périodes de mauvais

temps. Ouvrir une voie navigable à travers la péninsule

armoricaine exigeait toutefois de relier la Rance à l’Ille

en creusant une rivière artifcielle sur une vingtaine

de kilomètres. Et le coût prohibitif d’un tel chantier

empêcha à plusieurs reprises le canal d’Ille-et-Rance

de dépasser l’état de projet.

Ce sont des considérations stratégiques qui, deux

siècles plus tard, conduisirent à reconsidérer la ques-

tion. Pendant les guerres napoléoniennes et le blocus

continental, la puissante Marine anglaise parvint à

exercer un contrôle absolu sur les côtes françaises,

et notamment la pointe de Bretagne. Le confit s’éter-

nisant, il apparut que si la France voulait maintenir

des échanges commerciaux entre les régions litto-

rales de la Manche et de l’Atlantique, la seule solution

était de relier les deux mers par un canal. À l’instar

des premiers penseurs du projet, les ingénieurs de

Napoléon imaginèrent qu’il sufsait de relier la Rance

à l’Ille. Mais en défnitive, au lieu des 20 kilomètres

de canal envisagés, il fallut en creuser 85! Et même

si les 107 kilomètres de la voie navigable ne fran-

chissaient pas des reliefs très élevés, on dut tout de

même construire 49 écluses. Le chantier s’avéra donc

pharaonique et le canal ne fut pas ouvert à la navi-

gation avant 1837. Or à cette époque, il n’était plus

question de confit avec l’Angleterre, tandis qu’avec

le tout récent avènement de la navigation à vapeur, le

problème des vents défavorables se trouvait résolu.

De l’univers maritime

aux eaux tranquilles du terroir

Remonter l’estuaire de la Rance entre Saint-

Malo et Dinan fait passer progressivement de l’uni-

vers maritime, exaltant, où les embruns explosent

dans de toniques senteurs d’iode, à un terroir aux

eaux paisibles où flottent des parfums d’humus.