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Rance pénètre dans le département des Côtes-d’Ar-

mor, et avec l’écluse du Châtelier qui lui maintient

une profondeur constante, le feuve perd son carac-

tère maritime pour devenir, au pied de Dinan, le

canal d’Ille-et-Rance.

Comme les rivières des plats pays,

le canal sinue dans la verdure

Tel qu’on le retrouve ensuite en Ille-et-

Vilaine, le canal apparaît en de nombreux endroits

comme un simple aménagement d’un cours d’eau

tranquille. Tout comme les rivières des plats pays,

il ignore les lignes droites et ses vallées encaissées

sont autant de paradis de verdure. Le seul trafc y

est celui des pénichettes de plaisance et de petits

voiliers de croisière qui ont posé leur mât sur le pont

pour traverser la Bretagne. Nul besoin cependant

d’un bateau pour découvrir le canal : il suft d’en

suivre le sentier de halage, à pied ou à vélo.

Une randonnée au bord du canal laisse le souvenir

d’une multitude d’images colorées, typiques d’un

petit monde à part, dont la première caractéristique

est le calme qui y règne. Ainsi les jolies coques

anciennes dans le port de Saint-Domineuc, la profu-

sion de jardinières feuries autour de l’écluse de

Saint-Médard et, non loin, la chapelle Sainte-Anne-

des-Bateliers qui dresse son clocher en haut d’un

coteau boisé. Ou encore l’escalier si raide qui monte

à l’église de Betton et débouche sur une placette

bordée de maisons crépies aux volets couleur de

lavande. On pourrait s’y croire en Provence. Mais le

plus extraordinaire reste l’escalier d’écluses qui per-

met au canal de franchir 24 mètres de dénivelé entre

Hédé et Tinténiac. Onze bassins séparés les uns des

autres par 150 mètres de canal en font un lieu magni-

fque, où les berges sont plantées de gazon, à l’ombre

de chênes et de châtaigniers aux frondaisons

immenses. La coquetterie des maisons éclusières

abondamment feuries et l’esthétique des biefs en

pierre de taille s’y ajoutent pour donner l’impression

d’un immense jardin. Au pied de l’escalier d’écluses,

la maison éclusière de la Madeleine abrite un musée

consacré à la construction du canal et à sa vie au

temps de la batellerie traditionnelle. Imagine-t-on

que durant plus de trente ans, le chantier employa

en permanence 1 400 ouvriers qui ne disposaient

que de pelles, de pioches et de brouettes pour creu-

Une randonnée au

bord du canal laisse le

souvenir d’une multitude

d’images colorées, typiques

d’un petit monde à part,

où règne le calme.

A U F I L D E L’ E A U