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I L L E - E T - V I L A I N E
rue Leperdit mène au site le plus curieux des vieux
quartiers rennais : la place du Champ-Jacquet. On
s’émerveille devant ces hautes maisons à pans de
bois qui atteignent jusqu’à quatre étages plus des
mansardes, mais présentent une charpente résolu-
ment de guingois. Par quel prodige ces portes et
ces fenêtres sont-elles droites ? Comment ce pâté
de maisons a-t-il pu traverser les siècles ? Ce déf
aux lois de l’équilibre demeure bien mystérieux.
À deux pas (au bout des rues Lafayette et Nationale),
comme pour s’inscrire en faux contre pareils délires
architecturaux, la place du Parlement-de-Bretagne est
encadrée sur trois de ses côtés par des immeubles
de style classique à la rectitude impeccable. Rares
en France sont les exemples d’une architecture grand
siècle aussi bien conservée. Le quatrième côté de la
place est occupé par le palais de justice, lui aussi
dessiné par Jacques Gabriel et magnifquement res-
tauré après l’incendie qui le détruisit en 1994. Il
abrita le Parlement de Bretagne jusqu’à la Révolu-
tion, et de cette époque de gloire datent ses amé-
nagements somptueux. Le saint des saints en est la
Grand-Chambre. Que ce soit sur ses murs ou sur ses
plafonds à caissons, partout les allégories rivalisent
avec les dorures et les sculptures, pour occuper toute
la surface disponible.
Une place paisible, puis une autre
sillonnée par une foule affairée
Les places du Parlement-de-Bretagne et de
la Mairie ont beau se toucher par un de leurs coins,
ces deux lieux difèrent complètement, tant par leur
décor que par l’ambiance qui y règne. La première
est une vaste esplanade encadrée de pelouses et
de parterres. Aussi, bien que dominée par le siège
d’un tribunal — une cour d’assises qui plus est —
elle demeure toute de quiétude et de tranquillité,
comme hors du temps. À l’inverse, l’immense place
de la Mairie, piétonne, est sillonnée en tous sens et
à toute heure du jour par une foule afairée. Cette
animation vient réchaufer la froide majesté de ces
grands espaces, encadrés par l’hôtel de ville édifé
en 1743, et l’opéra construit près d’un siècle plus
tard. Et il est un moment de la journée où les Ren-
nais apprécient tout particulièrement leur place de
la Mairie : à l’heure de l’apéritif du soir, lorsque les
rayons d’un soleil bas illuminent les vitres de l’opéra
et dorent les crépis jaunes de ses galeries.
Dire qu’à quelques minutes à pied de son cœur battant,
Rennes connaît le calme d’un parc immense où l’on
profte du silence et du champ des oiseaux, comme
Par quel prodige ces
portes et ces fenêtres
sont-elles droites ?
Comment ce pâté
de maisons a-t-il pu
traverser les siècles ?
Ce déf aux lois
de l’équilibre demeure
bien mystérieux.




